La voiture autonome : entre progrès, mythes et réalités

L’industrie automobile est aujourd’hui à un tournant de son histoire. Si les voitures volantes décrites dans la plupart des films d’anticipation ne sont pas à l’ordre du jour, les départements R&D des grands constructeurs automobiles sont aujourd’hui tournés vers un projet d’envergure : les voitures autonomes.

Suite aux récents investissements dans le véhicule autonome, on peut légitimement se demander quels sont les projets en cours et surtout quels sont les dilemmes éthiques liés à la voiture autonome ?

Rappelons le principe : chaque véhicule est équipé de capteurs numériques (caméras, radars, etc) qui lui permettent de récupérer un maximum de données. Ces données sont traitées par des logiciels qui, grâce à l’intelligence artificielle, analysent les mouvements en temps réel et prennent des décisions de conduite.

Les investissements et partenariats autour de la voiture autonome se multiplient

Tout d’abord, s’il fallait en douter, c’est un sujet qui préoccupe l’ensemble des acteurs de l’industrie automobile. Les investissements se multiplient depuis 2014. Faisons un point sur les projets en cours.

Le 27 août dernier, le géant japonais Toyota annonçait un plan de 500 millions de dollars pour développer la voiture autonome en s’associant avec Uber. Le partenariat inclut les minivans Siennas de Toyota, qui devraient être autonomes et présents sur l’application de VTC à partir de 2021.
A noter qu’Uber travaillait jusqu’alors sur des projets avec Volvo et Daimler.

Par ailleurs, 3 ans après le dieselgate, Volkswagen a annoncé vendredi dernier (16 novembre) un plan d’investissement de 44 milliards alloués aux véhicules autonomes et aux nouveaux services de mobilité. Ceci inclut la digitalisation de ses usines et de ses véhicules. La marque souhaite mettre en place une plateforme en ligne nommée “One Digital Platform“ qui pourrait connecter véhicules, clients et services.

Et en France ?

Lors du printemps de l’automobile de Dusseldorf en décembre 2017, Renault annonce la sortie du Renault Symbioz (voir essai en fin d’article). Il s’agit de son 1er véhicule électrique, connecté et autonome. De nombreux projets sont également en cours chez les constructeurs français comme PSA avec son projet

Pour finir, les investissements dans les logiciels et services informatiques sont en hausse. Dans le cadre de son plan stratégique NextPlan, Toshiba prévoit ainsi d’investir 8,2 milliards dans les systèmes cyber physiques (comme la voiture autonome) sur les 5 prochaines années.

Si on ajoute les projets des géants du numérique – Apple Car, Google Waymo – , on se rend bien compte que la voiture autonome est l’enjeu majeur des prochaines décennies.

Ajoutons enfin l’association entre Ford et Walmart, qui ont annoncé lundi 19 novembre un projet commun de livraison de courses en voiture autonome.

Bref. S’il ne fallait retenir qu’une information sur ces projets, c’est que le secteur est à l’heure de la coopération. 

Notre conception de l’automobile et de la conduite va évoluer

Et si dans le futur, les trajets en voiture étaient entièrement automatisés ?

En supprimant la nécessité de conduire, c’est notre conception de l’automobile et des trajets en voiture qui vont être bouleversés. On peut même imaginer la suppression totale du poste de conduite (volant, pédales, tableau de bord, etc).
La voiture n’aura donc même plus besoin d‘être tournée vers l’avant, et on peut imaginer que la voiture du futur ressemblera plus à une navette connectée, dont le centre de gravité serait à l’intérieur.

Ce qui a toujours été un moyen de transport privé et familial pourrait devenir un lieu d’échange et de convivialité.

L’espace du véhicule pourrait ainsi être réorganisé en salle de réunion ou encore en lit où il serait ainsi possible de dormir lors d’un trajet de nuit, par exemple.

La voiture deviendrait alors une plateforme de services, selon la vision “Future of Mobility“, de l’agence de design Ideo.

Les bénéfices sont liés au gain de temps et à l’optimisation de l’expérience utilisateur.

 

Une voiture autonome - copyright IDEO

Copyright : Ideo

Les difficultés actuelles sont toujours liées à la sécurité et l’éthique

La plupart des projets de voitures autonomes développés par les constructeurs automobiles visent à améliorer la sécurité sur nos routes et à “libérer“ le conducteur qui peut s’adonner à d’autres activités.

Sur ce sujet, le projet développé par Uber a subi un véritable coup d’arrêt en mars 2018, lorsqu’une piétonne a été tuée à Tempe (Arizona) après avoir été percutée par un véhicule autonome.

Le PDG d’Uber Dara Khosrowshahi avait alors annoncé la suspension du programme.

Il y a toujours une inconnue à prendre en compte dans la réflexion :

Quel niveau de sécurité assure un véhicule contrôlé entièrement par l’intelligence artificielle?

Si l’“erreur est humaine“, il arrive logiquement aux logiciels de faire les mêmes erreurs.

Le dilemme du moment est le suivant : en cas de collision inévitable, le logiciel doit-il faire le choix de sauver le conducteur ou l’enfant qui traverse la rue ?

Cette question est primordiale pour les ingénieurs aujourd’hui, et illustre les dilemmes éthiques posés par la voiture autonome.

En ce qui concerne les assurances, la cohabitation future de véhicules avec chauffeurs et de véhicules autonome est un casse-tête auquel il va falloir remédier. Notamment pour savoir le degré de responsabilité de chacun des véhicules. Certaines assurances ont déjà mis en place des contrats particuliers pour ce type de cas (comme Allianz). Certains constructeurs, comme Volvo, vont même jusqu’à accepter de se porter garants de leurs véhicules et de prendre la responsabilité en cas d’accidents.

Dans tous les cas, la voiture autonome est une prouesse technologique, et permettra de réduire le nombre d’accidents, de par la réduction du nombre de conducteurs en état d’ébriété (33% des accidents mortels en France). Ceci est valable également car les logiciels seront moins enclins à transgresser le Code de la Route.

Cependant, les voitures autonomes ne sont pas à l’abri d’une défaillance technique, et le cadre légal n’est pas encore défini pour ce nouveau type de véhicules.

Les problèmes en terme de sécurité et d’éthique sont les principaux enjeux des années à venir.

Pour conclure en vidéo, voici un essai du Symbioz, 1er véhicule autonome de Renault (évoqué plus haut):

 

Léonard Beck

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