Le système de notation sociale en Chine passe un cap

Le gouvernement chinois a publié le 19 novembre un communiqué confirmant qu’il allait étendre le système de notation sociale à toute la Chine d’ici 2020. Ce n’est pas une surprise puisque cela faisait déjà quelques mois que ce système était testé dans plusieurs villes, mais cette annonce de généralisation pose question tant les dirigeants chinois semblent déterminés à aller plus loin.

Une direction assumée

Le communiqué précise certaines modalités de ce système, qui vise à attribuer à chaque individu une notation selon son comportement. Le gouvernement explique ainsi qu’une liste noire sera établie et que les personnes ou entreprises considérées comme « indignes de confiance » verront leurs archives révélées publiquement. La liberté de circuler de ceux ayant un mauvais score pourra être très fortement restreinte voire annihilée pendant une longue période, comme c’est déjà le cas dans les provinces où le système est en expérimentation. A l’inverse, les citoyens effectuant des actions considérées comme bonnes verront leur score augmenter et auront des avantages, comme un meilleur accès à l’emploi ou à un logement.

Source photo : Pixabay

Source : Siècle Digital

Un système qui profite de l’essor du Big data et de l’intelligence artificielle

La mise en place de ce mécanisme est largement facilitée par l’explosion de l’utilisation des réseaux sociaux et du commerce en ligne dans la société chinoise. Le gouvernement va notamment obliger les fournisseurs d’accès à Internet et les réseaux sociaux comme WeChat à désanonymiser les données, de sorte à pouvoir surveiller le comportement de tous les internautes. Il peut aussi profiter des possibilités qu’offrent certaines applications pour faciliter la notation. Par exemple, Alipay, le système de paiement créé par le groupe Alibaba, a développé une fonctionnalité qui peut analyser tous les achats effectués et en déduire un scoring. Elle n’est pas obligatoire pour utiliser Alipay, mais 200 millions de Chinois l’ont déjà adoptée car elle permet d’accéder à de nombreuses réductions ou avantages en cas d’un bon score. Le traçage est assez facile car chaque numéro de téléphone mobile est relié à un numéro d’identification gouvernemental.

La Chine investit aussi massivement dans les systèmes de reconnaissance faciale. Elle est actuellement le pays le plus avancé au monde dans ce domaine et représente 42% du marché mondial de la vidéosurveillance. La technologie est encore perfectible, comme on a pu le voir dernièrement quand une caméra a déduit qu’une PDG avait mal traversé la rue qu’il s’agissait simplement de son effigie sur l’affiche d’un bus.

Ainsi, en rassemblant ces différentes bases de données, les agences gouvernementales pourront établir un profil précis de chaque individu en ce qui concerne son utilisation des réseaux sociaux, sa solvabilité et son comportement dans les espaces publics.

Source photo : Flickr

Sources :  L’Express et RTL

Des critiques assez rares parmi la société chinoise

Les médias chinois ne manquent pas de faire la promotion des avantages de ce système, ce qui peut influencer l’avis des citoyens. Certes, pour l’instant les Chinois ne réagissent pas massivement à cette implémentation très progressive, mais qu’en sera-t-il quand le système sera étendu à tout le pays ? S’il s’en tient à simplement sécuriser la vie quotidienne des individus, il est probable qu’il sera bien accepté. Dans la culture chinoise, l’intérêt collectif prévaut sur les intérêts individuels. Cependant, si les voix dissidentes se font sanctionner durement, ce n’est pas certain que cela dure. L’objectif sous-jacent du gouvernement est d’assurer le maintien du parti unique au pouvoir mais on peut s’interroger si cela ne le mènera pas justement à sa perte.

Source photo : Pixabay

Source : Les Echos

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