La Suède et le paiement digital

Aujourd’hui un bon nombre de commerces français ont encore un seuil minimum requis pour pouvoir régler par carte bancaire. Certains n’acceptent même pas ce mode de paiement.

En Suède, il est rare d’avoir un seuil pour pouvoir payer par carte bancaire. En effet, la part du liquide représente seulement 1,4% du total des paiements en valeur (comparé à 28% en France). Entre 2010 et 2016, la part des transactions liquides suédoises a chuté de 40% à 15%. Les bibliothèques et les comptoirs banquiers arrêtent d’accepter le liquide afin de faciliter la gestion de la monnaie et pour des questions de sécurité. La Riksbank, la banque centrale suédoise est même en train de considérer l’instauration d’une monnaie digitale, l’e-krona(l’e-couronne). La Suède sera-t-elle la première à abandonner le liquide ?

La place du paiement digital 

Parallèlement, une application smartphone de paiement instantané, appelée Swish, a fait sa place dans les modes de paiement des Suédois. Pas besoin de coordonnées bancaires, ça se fait par numéro téléphone. Elle est surtout répandue pour l’utilisation entre particuliers pour séparer le paiement d’un dîner par exemple ou des achats groupés, voire pour emprunter de l’argent. Cette application cartonne aussi chez les commerçants, les associations, les églises et même chez le chanteur du métro. Ce mode de paiement ne coûte que 2 couronnes par transaction pour les organisations, soit environ 20 centimes d’euro et il est complètement gratuit pour les particuliers. À l’Université de Linköping, ville étudiante à deux heures de la capitale, tous les paiements pour les billets des soirées étudiantes peuvent se faire grâce à cette appli. L’étudiant peut aussi payer son déjeuner avec Swish au foodtruck. Bref, les questions « Prennent-ils la carte ? » ou « Ai-je assez d’espèces ? » se posent rarement. C’est au contraire une exception qu’on n’accepte que les espèces.

Des grandes entreprises scandinaves comme SJ, l’équivalent de la SNCF suédoise ou la compagnie aérienne Norwegian Airlines se sont aussi mises au Swish sur leur site web. L’application facilite clairement les achats et peut même servir comme argument d’achat si le consommateur a oublié son porte-monnaie. Cela crée donc une valeur en plus pour le client.


Capture d’écran de Swish, l’application de paiement la plus utilisée en Suède. (Crédits: Swish)

Comment ça fonctionne?

On tape le numéro de portable du destinataire ou on choisit son contact, on écrit le montant et un message puis on valide le paiement grâce à un bouton qui ouvre une application d’authentification qui s’appelle la BankID. C’est une carte d’identité digitale créée par les banques et l’État suédois liée à un numéro d’identification personnel (le personnummer). A la fin de la transaction, la saisie d’un code préalablement configuré auprès d’une banque est requise via BankID.

Tout a commencé par le personnummer

Le personnummer est un numéro difficile à obtenir en tant qu’immigrant et étudiant à court terme. On l’obtient à la naissance, selon des critères de travail ou de parenté dans le pays d’IKEA. C’est un passeport qui sert aux déclarations d’impôts, aux rendez-vous chez le médecin, aux allocations ou encore aux universités afin de savoir quels cours vous avez validé ce semestre. La plupart des institutions suédoises utilisent le personnummer et le BankID, ce qui permet d’accomplir un bon nombre de tâches via son smartphone et l’ordinateur. Grâce au digital et à ce numéro, les tâches administratives et les achats sont facilités !

Les limites…

Bien que ce système soit très répandu en Suède, cette technologie s’expose à des fraudeurs qui persuadent les particuliers de leur fournir leurs coordonnées. Ces applications dépendent en plus d’Internet, ce qui signifie qu’une panne informatique ou une attaque d’hackers peuvent avoir des conséquences importantes. Ce genre de situation reste extrêmement rare comparé aux tentatives d’hameçonnage.

Et en France ?

Le paiement sans contact avec la carte bancaire constitue déjà un grand avantage pour le consommateur français mais qu’en est-il du paiement digital en France?

Lydia, une startup francaise a déjà franchi le pas dans le marché du paiement digital. Son application permet le transfert d’argent entre particuliers et le paiement mobile en magasin. Elle permet également au consommateur d’avoir un contrôle total des fonctionnalités de sa carte bancaire sans avoir à passer par la banque.

Une application de paiement sans frais américaine appelée Circle est arrivée en France en 2017 sur iOS et Android. Elle permet aux particuliers de transférer n’importe quelle devise dans un même pays ou dans un autre selon les pays disponibles. Il suffit de saisir ses coordonnées bancaires et un numéro de téléphone. Circle s’est fait connaître grâce aux réseaux sociaux comme Instagram mais elle reste peu répandue. Elle a également pour projet de devenir présente dans 29 pays européens.

iPhone – Visite guidée : Apple Pay (Crédits: Apple France)

Apple Pay existe aussi en France et est disponible pour les achats dans des milliers de magasins et sur le web. Elle collabore avec plusieurs banques comme la Caisse d’Épargne et la Banque Populaire. Elle est sécurisée grâce à la reconnaissance de l’empreinte digitale(TouchID) ou au visage(FaceID). En revanche, les utilisateurs d’Android qui veulent bénéficier d’une application équivalente devront patienter pour l’arrivée de Google Pay dans l’hexagone.

Quand verra-t-on le paiement digital se démocratiser chez les particuliers et les commerçants en France ? Quelles en seraient les conséquences sur la population peu exposée à la technologie ? La monnaie liquide disparaîtra-t-elle à terme ? 

 

Sources:

Laura Woo via Les DigitalLens

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