République et Loi Numérique : les entreprises digitalisent leur offre, pourquoi pas l’État ?

La loi numérique, un projet de loi inédit

Le 26 janvier 2016, le projet de loi numérique a été voté sur un surprenant consensus : 356 voix pour, 187 abstentions et… seulement 1 voix contre. Outre un contenu novateur qui vient combler un sacré vide juridique sur nombre de sujets sensibles (neutralité du net[1], droit à l’oubli pour les mineurs, confidentialité des correspondances privées, droit du maintien à la connexion etc.), c’est peut-être bien la manière dont la rédaction du texte de loi a été conduite qui a de quoi surprendre.

Pour la première fois, le débat autour d’un projet de loi a été entièrement ouvert à une consultation publique en ligne via le site république-numerique.fr. Non seulement les internautes ont eu la possibilité de voter en faveur ou en défaveur de la proposition gouvernementale incarnée par Axelle Lemaire mais ils ont de plus pu y apporter leur contribution de sorte à modifier et enrichir le texte initial. Pour preuve, ce dernier comportait 30 articles à l’origine et il en contient désormais 41 ! 

Nouvelles tendances, nouveau mode de gouvernance

“Avec ce projet de loi, la République se réinvente par et pour le numérique. Par le numérique, parce que le numérique est un outil pour réinventer la participation politique dans notre pays.”  – Axelle Lemaire

Là, il était temps ! Face à la pression concurrentielle, les entreprises ont depuis plusieurs années déjà amorcé leur transformation digitale. En interne, le Knowledge Management, discipline récente qui vise à capitaliser sur l’intelligence collective (c’est-à-dire sur l’ensemble des expériences et des idées des collaborateurs) en s’appuyant sur le cloud, illustre bien ce phénomène. À l’échelle nationale, cette intelligence collective repose sur des millions de citoyens potentiellement prêts à partager leurs opinions et leurs propositions d’améliorations. Dans leur relation avec l’extérieur, le basculement numérique des entreprises se traduit par une communication plus engageante auprès de leur clientèle via les réseaux sociaux notamment.

Les consommateurs désormais « consom’acteurs » sont de plus en plus impliqués dans le processus d’amélioration et de diffusion de leurs marques préférées. Or, notre usage de l’internet peut justement faire de nous autant d’acteurs sur le marché des idées politiques que l’État ne peut ignorer. Dans le passé, des mobilisations écloses sur le web ont d’ailleurs exercé une pression suffisante pour faire renoncer les politiques à certaines décisions. C’était ainsi le cas le 6 octobre 2014 lorsque Ségolène Royale, Ministre de l’Écologie, devait abandonner le projet d’exploration de gaz de schiste dans le Lubéron.

Plus récemment, alors que les élections présidentielles se profilent à l’horizon 2017, François Fillon, candidat déclaré aux Primaires des Républicains, a mis en ligne sur son site fillon2017.fr un ensemble de propositions relatives à son programme. Participatif, le site donne la possibilité aux « e-citoyens » de donner leur avis par le biais de sondages et de commentaires et témoignent d’une volonté accrue des représentants politiques de surfer sur la vague numérique.

 

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Le site de campagne de François Fillon permet à n’importe quel internaute de voter et de commenter

Vers une Démocratie tout numérique ?

 

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Dans son ouvrage De la démocratie numérique, Nicolas Vambremeersch remarque la concrétisation d’un vieux fantasme citoyen grâce à internet à savoir « La tentative de réappropriation […] de la prise de décision ». Le web nous offre peut-être la résolution à bien des difficultés démocratiques à commencer par la forte et récurrente abstention qui biaise les résultats des élections. Internet nous donne en effet la possibilité d’être au plus près de nos responsables et représentants et donc de connaître au mieux leurs valeurs et idées…et inversement ! La puissance de ce vecteur de communication tient en grande partie à son caractère multilatéral : l’influence s’exerce dans les deux sens et cette caractéristique est à même de susciter un véritable regain d’intérêt.

L’internet politique est d’autant plus pertinent que les jeunes générations, soit les plus touchées par l’abstention[2], sont également les plus familiers avec les nouvelles technologies. Enfin, qui sait si l’État mettra un jour en place une procédure pour effectuer son vote en ligne ? Un moyen beaucoup plus simple que le vote par procuration pour les citoyens qui étudient ou travaillent dans une ville qui n’est pas leur lieu de résidence.

Certes, faire basculer la totalité du débat politique sur le net ne résout pas tout et soulève un certain nombre de problématiques. Il est par exemple difficilement concevable de lancer une consultation publique pour chaque projet ou proposition de loi car cela ralentirait considérablement le processus législatif. Le numérique demeure un moyen plus qu’une fin. C’est donc aux responsables politiques de saisir cette opportunité et d’impliquer au mieux les citoyens dans la formulation de leurs idées et l’élaboration de leurs programmes.

 

[1] Si vous ignorez ce qu’est la neutralité du net, vous pouvez consulter cette vidéo très instructive des Anonymous.

[2] Au premier tour des élections régionales 2015, respectivement 65% et 66% des 18-24 ans et des 25-34 ans se sont abstenus contre respectivement 52% pour les 35-59 ans et 33% pour les plus de 60 ans. Source : http://www.francetvinfo.fr/.

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