Retour sur notre rencontre avec Émilien Nizon, l’expert du produit digital, ayant A/B testé ses étudiants

Intervenant incontournable de la Majeure Marketing for Product Manager d’Audencia, Emilien Nizon anime le cours « Digital growth – Improve your metrics effectively». Nous avons eu la chance de pouvoir interviewer l’expert en croissance et en engagement des utilisateurs. Après 3 ans en tant que Digital Product Manager chez Deezer en charge de la croissance de l’application mobile et web, et plus d’un an chez Vente Privée, Emilien est aujourd’hui chez Evaneos.

 1) Quel est le rôle d’un digital product manager aujourd’hui ? 

Le Product Manager (ou PM) est en charge de définir la Road Map de son équipe, elle-même basée sur des données quantitatives (conversion, répartition du trafic …) et qualitatives (tests utilisateurs par exemple). Il travaille de manière très rapprochée avec un data analyste et un designer pour comprendre les besoins des utilisateurs, leurs problèmes, et proposer des solutions concrètes qui se traduiront par une modification des interfaces : généralement un site web ou une application mobile.

Le PM est parfois en charge de suivre l’avancée des projets définis auprès des équipes de développeurs.

Son rôle dépend énormément de l’entreprise dans laquelle il est. Il n’y a pas de définition universelle.
Il y a quelques années, chez Deezer, le PM travaillait en binôme avec un Chef de Projet (qui s’occupait du suivi du développement des nouvelles fonctionnalités), alors que chez Vente-Privée c’est le PM qui s’occupait de cette coordination !

 2) Comment te formes-tu au quotidien sur les nouvelles tendances digitales ? Quel(s) conseil(s) pourrais-tu donner aux personnes souhaitant évoluer dans ce secteur ? 

Les produits digitaux évoluent sans cesse, il n’est pas toujours facile de se tenir au courant des dernières nouveautés. Certains sites peuvent aider (Product Hunt, Dribble, Tech Crunch …) mais rien ne vaut l’échange entre Product Managers. Chez Evaneos par exemple, nous nous rencontrons entre PM toutes les deux semaines avec trois ou quatre sujets à l’ordre du jour. Chacun peut intervenir et aborder un problème spécifique.

 3) Ton moto est « I am data driven » peux-tu nous l’expliquer ?  

Être data driven, c’est être orienté business. Chaque entreprise a ses objectifs (généralement le chiffre d’affaires, le taux de conversion …) et doit parfois rendre des comptes à des investisseurs et/ou des actionnaires. Les chiffres ont le pouvoir de rassurer, car ils peuvent justifier de manière imparable n’importe quelle décision.

Pour être un petit peu plus concret, la data doit intervenir à plusieurs niveaux :

En amont du projet, pendant la phase de réflexion. Les chiffres vont nous permettre de détecter par exemple des anomalies dans le parcours client : quelles sont les pages qui font fuir nos utilisateurs. En utilisant des données qualitatives, on pourra comprendre les raisons de ces mauvaises performances en posant des questions à nos prospects directement. Ces deux types d’informations sont primordiales car elles permettent de prioriser et de justifier les projets.

Une fois la fonctionnalité publique, les chiffres permettront de valider l’hypothèse de départ et d’itérer.

Cours avec Emilien Nizon

 4) Tu donnes aujourd’hui des cours de « digital growth » dans différentes écoles de commerce, peux-tu nous décrire ta vision de cet enseignement et quel en est ton intérêt.  

Je suis tombé dans l’enseignement il y a presque trois ans maintenant. Ça peut paraître utopique, mais j’avais envie de faire bouger les choses.

La façon d’enseigner n’a pas réellement changée depuis des dizaines et des dizaines d’années : un professeur, debout face à ses élèves, qui parle beaucoup, beaucoup de théorie.

Rares sont les industries qui ne sont pas actuellement en pleine mutation, poussées par la digitalisation : je pense à l’hôtellerie et aux transports pour ne citer que les plus évidents.
Pourquoi pas l’enseignement ? Quand on connaît le prix (parfois très élevé) d’une année d’étude en école de commerce on est en droit d’exiger des prestations de qualité, en phase avec les réalités du marché du travail.

Je milite pour des cours digitalisés, interactifs, où le feedback étudiant oriente le fond et la forme de l’intervention.

Et pour le moment, ça semble plaire 🙂

 5) Nous avons eu le plaisir de lire ton article où tu nous présente l’idée d’A/B tester tes étudiants sur l’utilisation des moyens digitaux dans l’enseignement. Le but étant de comprendre si l’usage de moyens digitaux dans l’enseignement, améliore à la fois la satisfaction des étudiants, et en même temps leurs notes et key learnings . Comment t’es venu l’idée d’A/B tester tes étudiants  

J’utilise depuis quelques temps deux outils pendant mes interventions : Socrative (création de QCM et récupération de feedback) et Mentimeter (qui permet aux étudiants de poser anonymement des questions via leurs smartphones). J’avais l’impression que l’utilisation de ces applications contribuait à la satisfaction des étudiants et améliorait leurs résultats. Mais en tant que PM, je savais que je ne pouvais pas conclure sur la base d’un “gut feeling”.

Pour savoir si ces outils ont un impact positif ou pas, il fallait lancer un A/B test. Parmi les écoles dans lesquelles j’interviens, Audencia proposait la meilleure configuration : deux classes de tailles identiques, que je voyais alternativement le matin et l’après-midi.

 6) Qu’as-tu tiré de ce test? 

Les résultats sont très intéressants. La satisfaction est nettement plus importante pour la classe ayant utilisé des outils digitaux (et ce à tous les niveaux : interactivité, plaisir pris en cours, satisfaction globale), et ils participent également beaucoup plus.

Il faut être très vigilant sur les conclusions de ce test, il a été effectué sur un nombre d’étudiants assez limité, avec des niveaux académiques potentiellement différents. Il m’a par contre conforté dans la direction que je prends : il est temps de dépoussiérer l’enseignement !

Merci Emilien d’avoir pris le temps de nous expliquer les problématiques du Product Manager Digital. Nous te souhaitons de belles réussites dans tes projets chez Evaneos.

Pour suivre le parcours d’Emilien : LinkedIn Emilien Nizon

Pour en entendre d’avantage n’hésitez pas à regarder une autre de ses interviews:

Auteur: Diane de Chabot

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