Le rachat des start-ups par les grands groupes

Vous ne le savez peut-être pas toujours, mais un grand nombre d’applications que vous utilisez, sont rachetées par de grandes entreprises. Si les plus grosses acquisitions sont souvent connues du grand public, certaines sociétés plus petites sont rachetées plus discrètement, sans que vous le sachiez nécessairement.

Mais que les entreprises soient connues ou non, ces rachats soulèvent les mêmes questions ; quelles conséquences pour les start-ups rachetées et pour leurs utilisateurs ?

Aujourd’hui, de nombreuses applications présentes sur nos téléphones font partie de notre quotidien. Par exemple, qui n’a jamais dit « Je te fais un Lydia ? » quand un ami s’apprête à payer ou « Je lance Waze » en entrant dans une voiture. Ces expressions témoignent du succès de ces applications.
Mais parfois, pour perdurer, ces start-ups sont rachetées par de grands groupes, qui leur donnent alors les moyens nécessaires pour améliorer leur service. C’est le cas lorsque ModiFace, société canadienne de « beauty Tech », est achetée par L’Oréal en 2018. Les ingénieurs de l’application, en travaillant avec le laboratoire de recherche du groupe, ont pu mettre en place une nouvelle fonctionnalité plus poussée, que l'essayage virtuel proposé initialement, le « beauty assistant ».

Ces acquisitions permettent donc aux start-ups d’obtenir une certaine notoriété et de prendre de l’ampleur, mais elles semblent aussi être une aubaine pour les grandes entreprises, qui tirent de nombreux avantages de ces achats.
Pour L’Oréal, l’acquisition de ModiFace est un réel enjeu stratégique, qui lui permet de se renforcer en innovation technologique, mais aussi d’améliorer l’accompagnement de ses clients. Lubomira Rochet, directrice du digital de L’Oréal, explique cet objectif aux EchosModiFace sera au coeur de notre R&D digitale, (...) elle contribuera à réinventer l’expérience beauté.”1

Mais ces nombreuses acquisitions, illustration de la domination des géants, nuisent-elles à la compétitivité du marché de la Tech ?

L’Usine Digitale exprime le souhait de Joe Simons, président de la Federal Trade Commission (FTC), de s’assurer que ces acquisitions ne soient pas “susceptibles de nuire à la concurrence.”2 Dans son analyse, la FTC se demande si les entreprises ne faussent pas la concurrence en achetant trop tôt les start-ups ? Dans le sens où ce rachat pourrait empêcher ces dernières de se développer pleinement et devenir de futurs rivaux ?
Cette question se pose d’autant plus lorsque l’on sait que les grandes entreprises ne dévoilent pas toujours le montant de ces opérations. C’est le cas pour L’Oréal lors de l’achat de ModiFace. De plus, d’après la FTC, en charge du contrôle des pratiques anticoncurrentielles, certaines transactions, lorsqu’elles sont jugées trop faibles, ne sont mêmes pas analysées.

À cette problématique du montant de la transaction, s’ajoute la question de son contexte. Par exemple, lors du rachat de Waze par Google, Noam Bardin le co-fondateur de l'application, expliquait sur son LinkedIn, la pression exercée par les investisseurs pour que la transaction soit faite, il avance même que sans cette pression la start-up Waze serait peut-être encore indépendante. Tous ces éléments nous laissent penser qu’il n’y a pas encore de réelle transparence à propos de ces rachats, et qu’ils profitent souvent aux grands groupes.

Et les utilisateurs et utilisatrices dans tout ça ?

Puisque ces rachats ne sont pas toujours rendus public, nous ne savons même pas parfois, que nos données sont rachetées par des géants.
Dans le cas de l’achat de Waze par Google, le média digital Frandroid, nous explique que “à l’heure où la voiture connectée fait partie des enjeux de demain, le rachat de Waze fait peut-être partie des investissements les plus rentables à court terme menés par Google.3 Son acquisition représente un grand avantage d’enrichissement des données et des fonctionnalités pour Google Maps. En effet, Google a récupéré l’emplacement des radars (seulement en France) mais aussi les données personnelles des utilisateurs comme les adresses de domicile ou lieux de travail.
Ce qui veut dire qu’en cas de rachat des applications que nous utilisons, nos données sont à la disposition des acheteurs.

Le rachat des start-ups par les grands groupes vous l’aurez compris est un sujet très nuancé qui met en lumière plusieurs problématiques. Certaines start-ups ont pour objectif à moyen terme d’être rachetée, et ces rachats permettent pour certaines de perdurer dans un marché concurrentiel, certes. Toutefois, en plus d’apporter d’importants avantages à l’entreprise acquéreuse, les transactions sont souvent peu médiatisées et peu analysées. Le peu d’analyse nous empêche de savoir pleinement si ces achats nuisent à la concurrence, et le peu de médiatisation n’alerte pas toujours les utilisateurs que leurs données vont être transférées aux grands groupes.
Pour l’heure, nous ne pouvons que vous conseiller de vous intéresser aux actualités des achats des applications que vous utilisez et d’essayer de lire jusqu’au bout les Conditions Générales d’Utilisation lorsque vous téléchargez une mise à jour d’application…

Chloé Afanassieff

Articles utilisés lors de la Revue de Presse :

https://investir.lesechos.fr/actions/actualites/l-oreal-accelere-dans-le-digital-avec-le-rachat-de-modiface-1749819.php 1
https://www.usine-digitale.fr/editorial/les-discretes-et-nombreuses-acquisitions-de-start-up-des-gafam-au-c-ur-d-une-enquete.N929019 2
https://www.frandroid.com/marques/google/206886_waze-coute-115-milliard-dollars-google-ceo-affiche-ses-regrets 3

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