Plateformes web de mise en relation avec des indépendants : quels enjeux ?

Le 28 février dernier avait lieu dans les locaux de l’agence The Links une conférence autour des nouvelles plateformes de mise en relation et de collaboration avec des indépendants. Nous avons assisté aux interventions de personnalités aux postes variés qui ont pu nous faire part de leur retour sur expérience.

Lauriane Jean, CEO de MyGooder

Marc-Antoine Sarazin, COO de MyGooder

Louison Grouard, indépendante et experte en tourisme chez Ibbu

Marie-Pierre L'Hospitalier, avocate associée chez Parthema

Les acteurs représentés : MyGooder et Ibbu

MyGooder et Ibbu sont toutes deux des plateformes de mise en relation entre particuliers et professionnels. Le tout est de faire matcher une offre avec une demande dans le cadre d'une prestation de service : le site se charge de recruter des professionnels indépendants correspondant au type de service qu'ils veulent proposer, et mettent en avant leur expertise auprès de clients finaux qui recherchent leurs compétences. Ainsi, Ibbu met en relation des "experts" dans différents secteurs avec des clients ayant besoin de renseignements sur ceux-ci, tandis que MyGooder facilite tous types de prestations de service à la personne dans une zone géographique délimitée.
Si ces modèles se basent sur une stratégie win-win-win pour les trois parties engagées, ils soulèvent de nombreuses questions juridiques, économiques et sociales dont les enjeux ont été analysés durant cette conférence. 

Débat autour du contrat de travail : quel modèle ?

Ces nouveaux modèles de plateformes surfent sur une ambiguïté autour du travail des indépendants. Leur système est rentable dans la mesure où les services proposés par ces travailleurs sont considérés comme des prestations de service et non comme un contrat de travail à proprement parler. Sans rentrer dans les détails juridiques (qui ont longuement fait débat lors de cette conférence très animée), je préciserai simplement que certaines distinctions telles que l’imposition des tarifs aux clients ou le lien de subordination sont capitales pour éviter que la prestation soit requalifiée en contrat de travail. Pourquoi vouloir l’éviter ? Tout simplement pour que l’entreprise évite nombre de charges que leur modèle cherche à éviter.

Pourquoi ces plateformes sont-elles attractives auprès des professionnels ?

"Ce qu'on cherche, c'est que l'on nous facilite la vie !" L. Grouard

Le retour sur expérience fait par Louison est simple mais clair : "Ce que l'on cherche, c'est que l'on nous facilite la vie." Elle cherche à exploiter son expertise pour se faire des revenus complémentaires ; l’existence de ces plateformes est une aubaine, dans la mesure où ils ne gèrent ni leur facture ni la mise en relation qui se fait uniquement grâce à la plateforme.
La question de la rémunération est d’ailleurs souvent revenue sur la table, et notamment celle concernant la régularité des revenus. Louison l’a clairement mis en avant : les auto-entrepreneurs sont rémunérés uniquement sur leur temps de travail effectif. Cela signifie d’une part qu’ils peuvent s’investir chaque jour sur la plateforme et avoir des revenus solides, mais d’autre part que s’il n’y a pas de demande pour eux, alors ils ne touchent rien. Ces mêmes personnes deviennent alors dépendantes de la plateforme et une relation quelque peu malsaine s’installe, raison pour laquelle il a bien été mis en avant que l’intérêt initial de ce modèle est de proposer un complément de revenu, plutôt qu’un réel emploi.
Nul besoin de passer par une agence donc. Ce phénomène est appelé « désintermédiation » et permet de fluidifier considérablement la relation entre le client final et le professionnel.

Côté plateforme : comment entretenir cette relation tripartite ?

"Apporter de la valeur aux clients." M. Sarazin

Ces plateformes en ligne mettent simplement en relation deux entités et ne sont donc par définition pas au centre de la relation. En découle alors la question suivante : quel est l’intérêt pour les clients de continuer à passer par la plateforme une fois le premier contact établi, sachant qu’ils n’ont plus vraiment d’intérêt à l’utiliser pour l’entretenir ?

Ceci est une réelle problématique, et la réponse apportée par le CEO de MyGooder est la suivante : en tant qu’entreprise, il faut apporter de la valeur aux clients, à savoir des fonctionnalités pratiques et des conseils pertinents pour les pousser à passer du temps sur la plateforme.

Elle ne doit pas faire de distinction dans l’attention portée à une partie ou l’autre, mais doit garder en tête qu’il y a bien deux offres différentes. L’idée est de mettre à disposition leur technologie pour rafraîchir et dynamiser la relation qu’entretiendront professionnels et particuliers.

On sentait en revanche que ces plateformes en sont encore à un stade de développement peu avancé dans la mesure où elles n’ont pas encore d’automatismes dans l’entretien de la relation vis-à-vis des clients aucune relance automatique après inactivité. Cet accompagnement est important mais les intervenants étaient réalistes : il est difficile d’entretenir une réelle relation avec la hausse du nombre d’utilisateurs.

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