Numérique Ton Père !

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Deux charmantes personnes. Un micro-trottoir. Une question : « si je te dis Numérique Ta Mère, qu’est ce que tu me réponds ? 

C’est ainsi que #Audencia_SMED a rencontré Philippe Le Guern, en charge de l’émission Numérique Ta Mère (NTM), diffusée sur Euradionantes. Ci-dessous, la première partie du deal établi avec Philippe le Guern avant qu’#Audencia_SMED ne passe derrière le micro de Numérique Ta Mère pour parler de Marketing à l’ère digitale. Stay tuned !»

 

Pouvez-vous commencer par vous présenter ?

Philippe Le Guern, breton professeur en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nantes. Mes travaux portent sur le numérique, la musique, les innovations technologiques et ses conséquences sur les usages et le social.

 

Sociologue, Professeur, Chercheur… Quel titre devons-nous retenir ?

C’est celui d’éleveur de brebis. C’est vrai, j’ai des brebis, une race en voie de disparition. Je dois être le seul dans le Maine-et-Loire à en avoir. Elles vivent sur une petite île.

 

Après Professeur, Sociologue, Chercheur, vous obtenez donc un nouveau titre d’éleveur de brebis. Original ! Et sinon, à quel moment, vous êtes-vous intéressé au digital ?

A partir du moment où ça a commencé à m’angoisser.

 

Pourquoi ça vous angoissait ?

Parce que je suis un homme du passé et j’adore le rapport très charnel avec les choses, très tactile, très physique. Je suis un homme qui aime le contact physique avec les choses. J’adore les livres, j’adore le papier, j’adore l’odeur du papier. J’adore les touches d’un piano, j’adore les vinyles qui font crr crrr. J’adore les projecteurs de films qui font du bruit.

 

Finalement, tout ça disparaît et ça a commencé à m’angoisser.

L’histoire de l’angoisse : La fois où ça m’a le plus angoissé, c’est quand j’étais dans un petit village du Vercors, un coin complètement isolé en montagne. Là-bas, il y avait une sorte de foyer pour les gens du village, dans lequel était projeté un film. Dans cette salle, il y avait un projecteur à l’ancienne qui faisait brrr brrr. Le dernier film que j’ai vu dessus, c’était Superman, je ne sais plus combien. C’était une pellicule à l’ancienne donc à la moitié du film, les projectionnistes étaient obligés de changer la pellicule. C’était génial parce que tout le monde sortait de la salle ! On allait manger une glace en discutant avec tout le monde. Il y avait des relations humaines en plein milieu du film. C’était magique. Ils se sont équipés d’un projecteur numérique et la magie s’est envolée. Plus d’entracte, on ne change plus de place en discutant avec des paysans du coin. Ca me manque beaucoup.

 

Ca vous angoisse encore ou vous avez moins peur depuis que vous vous renseignez sur le sujet ?

En fait, je me suis dit que, de toutes manières, on est entré de plein pied dans cet univers marqué par le numérique. Même si je tape toujours avec un doigt mes messages alors que vous, vous avez muté… Vous allez avoir des pouces qui vont se développer, ça va être terrible ! Pas moi. Bref, même si vous êtes en pleine mutation, on ne peut pas en faire abstraction et vivre comme si ça n’existait pas. C’est très intéressant, ça m‘intéresse beaucoup. C’est pas mon monde d’une certaine manière mais c’est un monde qui m’intéresse malgré tout.

Les questions que se pose l’homme du passé : Mon travail s’inscrit dans le prolongement des travaux d’un chercheur qui s’appelle Milad Doueihi à la Chaire d’Etudes Numérique à la Sorbonne. Je me pose les mêmes questions : comment peut on vivre avec le numérique d’une façon humaniste ? Comment peut-on faire du numérique un élément de l’humanisme, peut-être même l’élément d’un rapport humaniste au monde ?

 

L’idée de Numérique Ta Mère vient de toutes ces réflexions ?

Alors Numérique Ta Mère, c’était l’idée qu’on pouvait parler du numérique sans se situer au niveau des technophiles les plus compétents. Numérique Ta Mère se positionne au niveau de monsieur tout le monde. Les spécialistes super pointus peuvent parler de tout un tas de choses très techniques.

Moi, je me sens souvent largué.

La couche technologique m’intéresse, mais je pense que ce n’est pas le fond de l’affaire. Ce n’est pas le seul élément qui mérite d’être apprécié. Ce qui mérite d’être apprécié, c’est aussi comment, d’une manière très concrète, ça change la vie des gens, comment ça change leurs représentations, les interactions, leurs relations aux autres etc. Je pense que ca change toutes les dimensions de l’existence. Puisque ça touche tout le monde, autant se placer au niveau de monsieur-tout-le-monde, non ?

 

Ton rôle dans NTM qu’est ce que c’est ?

Il y avait un chanteur dans le temps qui s’appelait Rémy Bricka. C’est un type qui a traversé l’océan Atlantique sur des skis flotteurs. Ca, c’était complètement délirant ! Avant de faire ca, il était très connu pour être un homme orchestre. Il faisait tout, en même temps. Je fais à peu près la même chose que lui pour Numérique Ta Mère.

Avez-vous déjà rencontré quelques difficultés ?

Je m’éclate incroyablement ! Pour clore l’émission, je demande « Si je vous dis Numérique Ta Mère, vous me dites ? ». J’ai décidé qu’à chaque fin d’émission, il y aura un petit gag. Finalement, c’est le principe PPDA ! PPDA et sa vraie-fausse interview de Fidel Castro, tu te souviens ?

Dans la dernière émission, c’est le Commandant de P’tit Quinquin, mini-série de Bruno Dumont diffusée sur Arte, qui prend les commandes du gag de fin.

 

Ce projet vous prend donc beaucoup de temps, en avez-vous d’autres en cours?

Numérique Ta Mère, c’est un tout petit bout de mes projets. Ca me prend du temps parce que j’adore cette émission. C’est comme une grande bouffée d’oxygène.

Le reste, c’est la recherche sur le numérique. Je dirige un gros programme de recherche, ca s’appelle l’ANR, sur la façon dont le numérique a transformé les modes de consommation de la musique. C’est un programme sur trois ans. Dans ce cadre, je suis invité à l’Université Nationale de Malaisie pendant 6 mois pour regarder ce qu’il se passe en Malaisie, où les innovations technologiques sont extrêmement puissantes, fortes et rapides. Ca m’intéresse de savoir comment à l’autre bout du monde, les  jeunes s’approprient les technologies numériques et consomment la musique

Et par ailleurs, j’élève des brebis.

 

Pourquoi avoir choisi de nommer cette émission Numérique Ta Mère ?

 

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J’ai cherché pendant longtemps un nom à l’émission. C’est même devenu obsessionnel, un peu comme le fameux gag du Capitaine Haddock qui ne sait plus s’il doit dormir la barbe dessus ou dessous les draps, jusqu’à ce que ça devienne obsessionnel et qu’il n’en dorme plus. On m’a proposé différents titres du genre ‘Culture Numérique’ ou ‘Musique Numérique’. Je trouvais ça complètement nul. Et puis une nuit, un esprit malin m’a soufflé Numériue Ta Mère. J’ai trouvé ça génial ! C’est à la fois un peu provoc’, c’est sympa la provocation dans un monde très consensuel. Je me disais que ca voulait aussi dire qu’on parle de numérique avec les autres générations. Le digital n’est pas qu’un truc de jeunes. Numérique Ta Mère, ca implique une perspective intergénérationnelle autour du numérique. Derrière l’aspect provocateur de certains sujets abordés, il y a en réalité des vraies questions sociales. Et ça, c’est mon émission.

 

Une petite chose à ajouter ?

J’adore les humains! Je pense que les frontières de l’humanité sont bousculées aujourd’hui. Il y a des anthropologues qui travaillent sur ce sujet, comme Philippe Descola et Bruno Latour. Ca me fait penser à la série Real Humans sur Arte, qui montre très clairement que la définition classique de l’Humanité est bouleversée. Ce qu’est l’humain est un concept qui se complexifie de plus en plus. Ca m’intéresse.

 

Et le numérique à donc quelque chose à voir dans cette complexification de l’humain ?

Oui, à plein d’égard. Par exemple, les problèmes liés au Big Data. Il y a des tas de métiers qui vont disparaître, y compris des métiers que les gens jugent aujourd’hui comme intouchables. Médecin par exemple : plus besoin de médecin à partir du moment où milliards de données exploitées en temps réel par des algorithmes sont capables de proposer un diagnostic plus complet et plus fiable qu’un médecin. Ca, c’est un des bouleversements du monde.

On peut aussi se demander si certaines capacités cognitives de l’homme se transforment sous l’effet des nouvelles technologies numériques. Des psychologues ou des psycho-cognitivistes l’ont déjà prouvé.

L’humain évolue-t-il sous l’effet du numérique ? Je crois que oui, et ce sujet mérite d’être abordé.

 

Les Drôles de Dames du Digital

Anne Bonneville | Anaïs Bruyère | Charline Merieau | Helin Zhang

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