Le modèle de la “Startup Nation” : et après ?

Le 17 avril 2018, dans les locaux du Startup Palace à Nantes, nous avons pu assister à la conférence donnée par Benjamin Zimmer sur son nouveau livre co-écrit avec Nicolas Menet : “Startup : arrêtons la mascarade”. La mise en avant de ce plaidoyer pour une évolution de l’écosystème entrepreneurial dans un lieu tel que celui-ci s’est présenté comme un événement à la fois cocasse mais tout à fait captivant. Le livre est en effet une critique assez tranchée du mythe actuel construit autour des startups.

Pourquoi doit-on traiter ce sujet aujourd'hui ?

La réponse la plus simple aurait été de nous dire que le contexte s’y prête particulièrement bien à l’heure où nous n'avons que le mot Startup Nation à la bouche et où il fait parler toutes les couleurs politiques. Benjamin Zimmer choisit plutôt de faire un rapprochement avec son histoire personnelle notamment dans le milieu de la création d’entreprise afin d’expliquer les raisons qui l’ont poussé à co-écrire cet ouvrage.

Cet alumni de l’Ecole Centrale de Paris est particulièrement engagé en faveur de l'entrepreneuriat dans le cadre de son travail en tant qu’associé chez HyB’RID, une société créée et incubée au sein de CentraleSupélec. Elle accompagne les entreprises françaises et internationales dans la structuration et l’organisation de leurs processus d’innovation, grâce aux outils opérationnels de la méthodologie Radical Innovation Design. Il est également le fondateur de la Silver Valley. Cette structure, sur un territoire proche de Paris, met à la disposition des acteurs franciliens un foncier attractif, des infrastructures, un accès simplifié à la recherche, dans un écosystème propice à l’innovation, l’échange et l’investissement.

"J’ai de l’intérêt seulement pour le sens et l’utilité dans cette société. J’ai tendance à refuser tout ce qui touche à la profitabilité individuelle"

Voilà ce que nous dit Benjamin Zimmer dès le début de la conférence afin d’expliquer ce qui l’a amené à traiter un tel sujet. En effet, il est engagé bénévolement au sein de deux associations qui d’après lui ont du sens et de l’utilité pour la sociétéL’une s’appelle Vagdespoir : présidée par un ami à lui elle promeut les sports handiglisse et cherche à faire évoluer le regard sur le handicap. L’autre, Echologia est un parc insolite où l’Homme et la Nature vivent en harmonie. Ce projet a pour vocation de protéger et sublimer une terre exceptionnelle par des développement pérennes, respectueux de l’Environnement et de l’Homme.

Le constat fait dans “Startup : arrêtons la mascarade”

Ingénieur de formation, Benjamin Zimmer nous explique qu’écrire ce livre avec un spécialiste des sciences sociales (Nicolas Menet) a permis un très bon équilibre entre technologie et sociologie. Lui connaît très bien la partie création d’entreprise tandis que Nicolas Menet sait décrypter parfaitement ce qu’il se passe du côté du consommateur. Tous deux nous livrent donc une belle analyse qui se fait en trois temps. 

Le premier chapitre nous aide à comprendre comment nous en sommes arrivés là : société de consommation, économie de location et non pas d’acquisition, mythe de l’entrepreneur, révolution numérique, etc. Durant la conférence, B. Zimmer donne un exemple très juste pour illustrer ceci : “ Dans les années 80's on voulait être avocat ou médecin, aujourd’hui on veut être entrepreneur”. Aujourd’hui ce mythe est en train de s’épuiser et il semble y avoir un clivage entre l’argent, la gloire, et le progrès, la mission messianique.

"Dans les années 80's on voulait être avocat ou médecin, aujourd’hui on veut être entrepreneur"

Le deuxième chapitre nommé “une tragédie contemporaine” se présente comme l’histoire de Tom, un jeune entrepreneur fictif. Le personnage évolue au cours de 13 étapes clés de la création d’entreprise et chacunes de ces étapes sont jonchées d’erreurs évidentes qui d’après les auteurs sont des pratiques communes dans le monde entrepreneurial actuel : la “fausse bonne idée”, le business plan à la va-vite, l’impasse sur l’étude de marché, le dépôt des statuts sans relecture d’un avocat, etc.

Le dernier chapitre, lui, ouvre le champ des possibles…

Faire "entrer les startups dans un âge de raison" 

"On casse beaucoup de sucre sur le dos des entrepreneurs dans ce livre et pourtant c’est pour eux qu’on l’a écrit"

Face à un tel gaspillage de connaissance, de temps, d’énergie mais aussi d’argent public et de ressources naturelles, les deux auteurs proposent un nouveau modèle qu’ils appellent la profitabilité intégrale. L’économie de profitabilité intégrale c’est une économie où le bien commun est le seul objectif, où l’on pense à respecter l'environnement et où l’on intègre tous les acteurs d’un territoire. Concrètement, Benjamin Zimmer prend l’exemple de nouveaux modèles de structures comme les SCIC, des Sociétés Coopératives d’intérêt collectif, qui permettent d’associer au sein d’une même structure de multiples acteurs d’un projet collectif : salariés, collectivités publiques, bénévoles, entreprises, associations, particuliers, etc. Les SCIC produisent des biens ou services qui répondent à un besoin collectif et s’inscrivent dans une logique de développement économique territorial.

"Mettre au centre de toutes les attentions le besoin que l’on cherche à résoudre"

Nos deux auteurs pensent que cet écosystème de startups doit évoluer vers un réel projet de société. Aujourd’hui la startup fascine tout le monde et est au centre de toutes les attentions : collectivités, structures de formations et investisseurs. L’objectif pour demain, c’est de mettre au centre le besoin que l’on cherche à résoudre afin de former un écosystème de la société et non pas un écosystème de startups.

Si vous voulez lire l'ouvrage : "Start-up arrêtons la mascarade", N. Menet et B. Zimmer, Ed. Dunod, 227 pages

Laurine Mille

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