Make-it-digital a rencontré Jérôme Ruskin, fondateur de Uzbek & Rica. Interview d’un homme du #futur

Usbek & Rica est un magazine trimestriel français de journalisme de récit. Créé en 2010, il s’est donné comme slogan « Le magazine qui explore le futur » et s’inscrit dans le champ de la prospective. Nous avons eu la chance de rencontrer son fondateur et directeur de publication, Jérôme Ruskin.

Jérôme (Ruskin), quel est ton parcours et qu’est-ce que Usbek & Rica ?

J’ai fait des études de sociologie. Je suis diplômé de l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS) qui est un établissement de référence pour la formation en sciences sociales. L’idée était de démocratiser le contenu de ces cours. Quand on fait des colonies de vacances en temps qu’animateur ou directeur, on fait de l’éducation informelle, c’est-à-dire qu’on prend le relais des professeurs et des parents pendant un certain temps et on essaye de transmettre des choses aux enfants. Ce que je fais avec Usbek & Rica c’est exactement ça.

Tu parles de démocratisation. Quels sont les médias très pointus que tu souhaites démocratiser ?

Il y a énormément de revues extrêmement intellectuelles qui sont des revues de chercheurs et qui produisent un savoir exceptionnel. Les sujets abordés sont intéressants et utiles. Bien nommer les choses, bien étudier les phénomènes permet de mieux comprendre les concepts pour ensuite s’engager en conscience. Aujourd’hui on tend vers une sur-spécialisation, surtout avec le numérique. Le parti pris d’Usbek & Rica depuis sa création est un celui d’être généraliste. C’est d’ailleurs pour cela que ça s’appelle Usbek & Rica, deux personnages de Montesquieu dans les Lettres persanes. On fait donc référence à la philosophie des lumières en tentant d’avoir un regard global sur les choses. Donc on traite à la fois les questions techniques et numériques, les questions environnementales, politiques ou géopolitiques, sociétales, culturelles et socioculturelles. Le but est de donner de la matière intellectuelle à un individu qui est à la fois intéressé par un beau dribble de Lionel Messi et un très bel air d’Opéra.

Ton public s’intéresse à toutes sortes de sujets variés et il est plutôt jeune, n’est-ce pas ?

C’est en effet essentiellement la génération 20-34 ans qui s’est appropriée notre travail. Notre ton et notre écriture graphique touche davantage cette cible. Cependant, on touche autant les matheux, les littéraires que les artistes.

Quelle est ta ligne éditoriale ?

Le nom du magazine est plutôt compliqué, mais la signature est simple : “le magazine qui explore le futur”. Notre travail est tout simplement de faire des hypothèses sur ce qu’il pourrait nous arriver demain. Le but du jeu est que le lecteur se dise “Mince, je n’avais pas vu ça comme ça !”, créer l’étonnement et la surprise et pouvoir donner des articles, des infographies et de la vidéo qui viennent en complément des informations brutes que l’on peut lire par ailleurs.

Magazines Usbek & Rica

Vous avez choisi l’orientation numérique. Est-ce que celle-ci est née dès la création du magazine ?

Au départ, on était uniquement une revue en librairie à 15 euros sans pub donc très élitiste. On s’est rendu compte qu’il y avait un décalage entre notre vision de départ, c’est-a-dire la démocratisation de l’information, et notre business model. Ensuite on a démocratisé un peu en allant en kiosque, en baissant le prix de vente et en proposant un produit plus accessible et plus chaleureux. De 2010 à 2016, on était uniquement en print. C’est seulement le 6 octobre 2016 que l’on a lancé notre média numérique. C’est donc très récent pour nous. Usbek & Rica est donc une entreprise de presse spécialisée sur les grandes questions d’avenir et d’innovation. On a notre site internet au quotidien maintenant basé sur une mécanique innovante qui rémunère l’activité de nos internautes. Plus tu likes, commentes et partages, plus tu gagnes des “Usbek” que tu peux dépenser dans le shop qui propose plein d’objets du futur. Il y a des places pour des événements, des objets connectés, un oculus rift, la possibilité de louer ta pelouse pendant 24h de manière écolo, etc. Ensuite, il y a une déclinaison print trimestrielle qui existe depuis le départ. Il y a aussi un événement qui existe aussi depuis notre création qui s’appelle Le tribunal pour les générations futures. Il s’agit d’une conférence-spectacle où on reprend les codes d’un procès. C’est une façon de dépoussiérer le format traditionnel des conférences. Enfin on a une box cadeau appelée MakerBox qui permet de démocratiser l’action Fablab et initier les lecteurs aux nouvelles techniques de fabrication comme l’impression 3d, la découpe laser etc. Cela permet à tous, au delà de juste réfléchir sur les sujets abordés dans le magazine en ligne, papier ou pendant la conférence, d’être dans le “faire”. Enfin on a toute une partie d’accompagnement des entreprises. Au lieu d’avoir créé une régie on a développé un studio créatif qui accompagne les marques sur la création de contenu et sur l’animation de Think Tank internet.

Sur quoi vous basez-vous pour définir les sujets à traiter ?

D’abord, quand on traite du futur il faut être extrêmement sérieux et vigilant. Nous ne sommes pas prospectivistes. On tend le micro à ceux qui le sont, c’est-dire des experts, des personnalités afin de retranscrire leurs propos.

Mon deuxième élément de réponse est sur le choix des sujets. Nous avons mis en place un outil de veille où on applique un principe qu’on appelle le principe de saturation. On identifie les sources qu’on juge pertinentes. Quand un certain nombre de sources traitent un sujet, alors on considère qu’il est pertinent de la traiter de notre côté.

Vous affirmez faire parler les autres mais vous apportez tout de même votre petite touche à chaque article ?

Bien sur. Après, il y a une façon d’éditorialiser l’ensemble. C’est après notre travail de description et d’explication que nous rentrons dans la critique et la proposition.

Découvir le magazine Usbek & Rica

Léopold Pacquement et Sacha Dabi-Pinchewski

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