L’interview de Stéphane Treppoz

Dans le cadre de notre semaine de rédaction, notre WORDPRESQUE Team a eu envie d’en savoir plus sur une personnalité très souvent citée à titre d’exemple lors de nos cours. E-Commerce, référencement, bannières pub, service client… Sarenza.com et son CEO, Stéphane Treppoz, sont aujourd’hui des acteurs majeurs de la galaxie digitale et du E-Commerce international.

Patriote assumé et fier, “féminophile” militant (il a passé une journée en talons aiguilles pour la Journée de la femme), bourreau de travail et fabrique à ambitions, Stéphane Treppoz est tout cela à la fois. Nous vous offrons la possibilité de faire un état des lieux de l’industrie digitale avec un patron-social qui boxe quotidiennement contre Amazon, Zalando ou encore La Redoute.

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©Crédits photos : http://business.lesechos.fr

–  Commençons d’abord par le déroulement de la journée type d’un grand patron du E-Commerce.

Il y a déjà deux constantes fondamentales : je commence ma journée en emmenant mes enfants à l’école tous les matins et j’essaie au maximum de ne pas quitter le bureau après 19H30.

Après cela dépend, je suppose, complètement des personnalités des uns et des autres et du degré de maturité de leur entreprise. En ce qui me concerne c’est 150-200 e-mails, plein de décisions à prendre en temps réel, des points formels ou informels avec des collaborateurs et selon les semaines un déplacement, une intervention médiatique ou pas !
La clé est également une organisation méticuleuse, j’optimise tout ce qui peut l’être ; mes modes de déplacement, taxi ou transports en commun, en fonction de l’état du trafic.

Je voyage également beaucoup en taxi et j’utilise systématiquement ce temps pour travailler, de même je n’aime pas perdre de temps dans les aéroports donc je ne voyage qu’avec un bagage en cabine.

 

– Vous êtes à la tête de Sarenza.com depuis 2007, quelle a été la première mesure phare à votre arrivée ? 

Sarenza.com a été fondée fin 2005, fin 2006, elle employait 28 personnes et affichait 5 millions de pertes pour 5 millions de chiffre d’affaires.

Notre première mission à Hélène Supau et moi même a été de redresser le modèle économique car l’entreprise était au bord du dépôt de bilan. Cela passait par revoir la stratégie marketing, acheter des quantités de chaussures compatibles avec notre capacité d’écoulement de l’époque, internaliser l’équipe technique et le service client, refonte totale du site, renégociation avec tous les fournisseurs…

Aujourd’hui nous détenons, avec les membres de direction, plus de 50% des parts de Sarenza, car nous tenons absolument à rester une entreprise indépendante. Nous employons 200 personnes dont 2/3 de femmes, notre Board est à 60% féminin et nos recettes s’élèvent à 150 millions d’euros en 2013. Je suis très heureux et fier de dire que beaucoup de chemin a été parcouru depuis 2007.

 

“Je fais également partie de ces entrepreneurs patriotes”

 

– Justement, quels sont vos meilleurs et pires souvenirs à la tête de Sarenza ?

 

Immenses satisfactions : Disons que je suis heureux de me souvenir de ce qu’était Sarenza en 2007 et de voir ce qu’elle est en 2014.

L’entreprise est devenue rentable et nous avons aujourd’hui 200 salariés qui travaillent dans notre siège à Paris. Récemment, je suis également très fier d’avoir réalisé la plus grosse levée de fonds Internet en France depuis 3 ans. C’est la quatrième levée de fonds pour Sarenza et nous avons convaincu la Banque Publique d’Investissement (BPI France), HLD et deux investisseurs privés, dont la famille Philippe Foriel-Destezet d’investir au total 74 millions d’euros.

Gràce à cela nous allons accélérer nettement les dépenses marketing pour toucher l’ensemble de l’Europe. Nous allons viser tous les pays d’Europe sans distinction, sur les différents volets du marketing digital : SEO, affiliation, retargeting…

Des problématiques qui, si j’ai bien compris, peuvent vous intéresser…

Pires souvenirs : Je me rappelle encore entendre les actionnaires nous demander de déposer le bilan une semaine après notre arrivée. Heureusement, on a refusé !

Dans ces cas là il faut faire preuve de réactivité et ne pas se laisser abattre. En un week-end, Hélène et moi avons réussi à convaincre René Proglio de faire un chèque salvateur de 300 000 euros… J’aime à penser que cet épisode a été fondateur pour Sarenza et que des pires situations peuvent naitre des lendemains favorables.

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–  J’ai bien noté votre appel du pied quant aux opportunités chez Sarenza. Quels seraient vos meilleurs conseils aux étudiants pour leur entrée sur le marché du travail, éventuellement chez Sarenza ?

 

Montrer aux employeurs leur intérêt pour leur entreprise et faire preuve de leurs qualités tout en restant naturel et authentique. Je répète souvent à mes neveux et nièces que l’important n’est pas d’être le meilleur mais surtout de n’avoir aucun regret donc de tout donner. Le travail et la motivation… pour moi ce sont deux entités essentielles !

Chez Sarenza on cherche de l’enthousiasme, de la rigueur et l’esprit d’équipe. Ce que j’aime, c’est la rigueur, monter des équipes et s’amuser ensemble. Si en plus vous êtes un bosseur et que nos valeurs vous correspondent alors n’hésitez pas !

 

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– Est-ce trop entreprenant de vous demander quelle est l’astuce du jeu de la newsletter pour gagner les 2000€ de chaussures ?

C’est bien tenté, mais il n’y a aucune astuce… il suffit d’avoir de la chance. Et puis si vous vous connectez souvent sur notre site, vous verrez que nous organisons beaucoup de jeux de ce type. Je peux presque vous garantir que sur les 30 personnes de votre classe, il y aura 1 gagnant si vous jouez tous. À vos claviers !

 

 «Ce que j’aime, c’est la rigueur, monter des équipes et s’amuser ensemble»

 

– Revenons à votre parcours, AOL, Sarenza.com… le E-Commerce ou le Digital ont-ils été des choix par intérêt ou défaut ?

 

En sortant d’HEC j’ai passé 6 ans aux Etats-Unis. J’étais bien loin de Sarenza à cette époque. J’avais beaucoup d’ambition, peut-être un peu trop de culot parfois. Comme la fois où j’ai appelé Donald Trump, en personne, pour monter une opération com’ … Tout cela a quand même plutôt bien marché car j’avais 29 ans, j’étais bien payé et j’habitais à New-York dans un bel appartement. Pour autant j’ai été titillé par la révolution industrielle de ma génération : Internet !

J’ai participé au lancement d’un des premiers services d’accès à l’Internet haut débit en Europe sur le réseau câblé niçois, baptisé Télé Riviera multimédia. Je vous passe les détails mais j’ai ensuite été PDG d’AOL France. Quelques temps après l’aventure AOL, Sarenza est arrivée et vous connaissez la suite…

 

– Vous êtes donc un véritable passionné. On vous dit également très patriotique économiquement parlant. S’il fallait prendre UNE mesure qui ferait selon vous énormément de bien à l’industrie digitale, quelle serait-elle ?

 

C’est une thématique que j’aborde assez souvent… Je ne pense pas qu’une seule mesure suffirait à faire avancer les choses… c’est un état d’esprit nouveau qu’il faut créer.

Le mouvement doit, pour moi, tendre vers la simplification de l’accès au marché du travail et la vie des entreprises. Vous n’imaginez pas la tonne de tracasseries administratives qui vous tombent dessus quand votre entreprise commence à bien marcher. C’est vraiment inconcevable de devoir passer autant de temps à régler des détails quand votre entreprise se développe sous vos yeux et qu’elle aurait besoin de tout votre temps.

Je suis un patron-social, en opposition aux patrons-voyous et respecter tous les aspects du droit social (Sarenza a été élue 2 fois dans le Top 40 des Great Places To Work – NDLR) est un combat de tous les instants qui ne fait pas directement vendre plus de chaussures. Pour autant je ne le regrette absolument pas. Je pense seulement que le droit social Français constitue plus un frein qu’un boost pour les entreprises qui le respectent méticuleusement, comme Sarenza.

Je fais également partie de ces entrepreneurs patriotes. Soyons clairs : est-ce que je paierais moins d’impôts ailleurs ? Oui. Est-ce que je partirais pour ça ? Non. J’adore la France, c’est mon pays, je m’y sens bien. Nous véhiculons des valeurs humanistes historiques importantes et qu’il convient de défendre. J’espère pouvoir prouver que ce pays n’est pas foutu et qu’il est toujours possible d’y entreprendre.

Ainsi il faut faire en sorte que les entrepreneurs se soucient de développer leur entreprise plutôt qu’ils aient peur d’enfreindre telle ou telle réglementation.

 

“Est-ce que je paierais moins d’impôts ailleurs ? Oui.

Est-ce que je partirais pour ça ? Non. J’adore la France, c’est mon pays, je m’y sens bien.” 

 

– Permettez-moi de tester votre fidélitéPréférez vous acheter la paire de chaussures de vos rêves chez la concurrence ou porter votre pire cauchemar pédestre acheté sur Sarenza.com ?

 

Je ne suis pas la plus grande fashion-victim du monde, je n’ai donc pas de « cauchemar pédestre » qui me vienne en tête… quoique mes neveux et nièces osent parfois porter des modèles assez… inédits.

J’ai également une totale confiance en mes acheteurs et acheteuses, donc je pense que je peux tout à fait me faire plaisir en achetant ce qui me plait sur Sarenza !

 

– Excellente réponse ! Un autre site E-Commerce avec un stock incroyable : Alibaba.com. Quel est votre sentiment sur l’entrée en bourse de Alibaba.com ? « Aie concurrence » ou « Yes un moteur pour l’industrie » ?

 

La concurrence stimule donc c’est une bonne chose.

Sur le segment de la vente de chaussures en ligne, nous avons l’habitude de boxer contre des poids lourds. Nos concurrents sont Zalando et ses publicités plébiscitées, Spartoo et des sites comme Shoestyle (La Redoute).

Notez quand même que l’an dernier, Sarenza a dégagé 150 millions d’euros de chiffre d’affaires et notre objectif est de multiplier ce chiffre par 5 d’ici 5 à 7 ans. Nous sommes une entreprise moderne et ambitieuse. J’ai une totale confiance en mes partenaires, collègues et employés.

Il est sans doute un peu trop tard pour avoir peur de se frotter aux gros non ?

” Je suis un patron-social. Nous véhiculons des valeurs humanistes historiques importantes et qu’il convient de défendre”

 

– Puisque vous aimez boxer chez les poids lourds, certains de vos concurrents sont-ils des exemples, des modèles ou des sources d’inspirations ?

 

Dans un premier temps, je dirais Amazon pour sa culture centrée sur l’expérience client. Vous savez, la clientèle est un des moteurs principaux du commerce. Si vous traitez bien vos clients, ils vous le rendent… parfois. Si vous ne les traitez pas bien, ils vous le rendent… encore moins. C’est pour cela qu’il est primordial d’installer le client et son expérience d’achat au cœur de notre stratégie, avant, pendant et après sa visite sur le site.

Zappos et son fondateur, Tony Hsieh, pour avoir inventé le modèle de vente de chaussures par Internet dont s’est inspiré Sarenza. Si je peux d’ailleurs vous recommander de saines lectures, Delivering Happiness, est un de mes livres de chevet. C’est l’autobiographie conjointe de l’entreprise Zappos et de son fondateur. Pour la petite histoire, Tony me l’a offert à New-York lors d’un rendez-vous auquel je suis arrivé en retard… ce qui m’arrive heureusement très rarement.

Les équipes de Sarenza sont également une vraie source d’inspiration pour moi. Comme je vous l’ai dit, nous cherchons des collaborateurs inventifs, curieux et motivés. Je valorise beaucoup leur esprit entrepreneurial et leur enthousiasme qui se retrouvent à tous les niveaux dans l’entreprise. Des créations au service client en passant par les achats et la communication, nous cherchons des talents !

 

– Terminons avec ce qui est finalement un paramètre incontournable de votre business : les pieds ! Quels seraient les 4 autres orteils avec lesquels vous souhaiteriez former un pied ?

 

J’ai 4 merveilleux enfants avec qui je peux tout à fait former un pied !

Sinon je dirais le Général De Gaulle, Milan Kundera, Nelson Mandela et le Soldat inconnu.

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© Blog Sarenza : Hélène Supeau & Stéphane Treppoz lors de la Journée de la Femme chez Sarenza.com

WORDPRESQUE Team – Maud Andryjaskiewicz & Romain Morvan & Theo Malleval #Audencia_SMED

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