Jumia, la licorne africaine de Rocket Internet decryptée par Bastien Moreau, country manager Maroc

Le projet Smart Valleys est une initiative d’étudiants voulant mettre en lumière les innovations de rupture venues des continents émergents. Lassés de n’entendre parler que des startups de la Silicon Valley, des équipes de 3 étudiants partent, caméra au poing, à la rencontre des acteurs clés d’écosystèmes entrepreneuriaux moins médiatisés.
En tant que membre de l’équipe Afrique, j’ai pu rencontrer Bastien Moreau, Country Manager de Jumia Maroc, startup de Rocket Internet aujourd’hui devenue licorne africaine.

Qu’est ce que Jumia ?

Jumia groupe est une entreprise qui a vocation à répondre à tous les besoins commerciaux des consommateurs africains en ligne. A l’intérieur du groupe il existe plusieurs modèles :

  • Jumia Mall : l’équivalent d’Amazon, une plateforme qui permet de se faire rencontrer l’offre et la demande entre des marques et des clients finaux. Ses besoins en logistique sont énormes et c’est la raison pour laquelle nous avons construits un écosystèmes d’entrepots que nous opérons au sein du pays.
  • Jumia Market : l’équivalent d’Ebay. Une Marketplace ouverte entre particuliers.
  • Jumia Food : l’équivalent de Deliveroo ou Foodora, une plateforme de mise en relation entre les restaurants et les particuliers.
  • Jumia House : une marketplace immobilière pour louer/vendre ou chercher un appartement/maison
  • Jumia Deals : un site d’annonces en tout genre
  • Jumia Travels : plateforme de booking de voyage et de réservation d’hôtels.

Ses modèles possédaient auparavant des noms différents (Jumia, Kaymu, Hellofood, Jovago) au sein de l’Africa Internet Group mais tout a été renommé en 2016 pour créer un groupe unifié derrière la marque Jumia.

Pouvez vous nous en dire plus sur l’origine de Jumia ?

Jumia a été initiée par l’incubateur/fond d’investissement Rocket Internet qui investit pour la création d’entreprises digitales partout dans le monde sur certains modèles e-commerce. S’il était l’investisseur initial, d’autre sont aujourd’hui rentré au capital de Jumia comme MTN Millicom, JP Morgan, Orange, Goldman Sachs ou encore Axa et CDC.

Parlez nous de votre parcours ?

Je suis sorti de l’ESSEC en 2012. Je me destinais initialement à travailler dans la finance et plus particulièrement en Fusion Acquisition à Londres. J’étais d’ailleurs censé commencer là-bas en septembre 2012 mais, après reflexion, je me suis rendu compte que le milieu de la banque d’affaire ne répondait pas à l’une de mes exigences. Celle d’être responsable, de prendre des risques, de m’exposer et d’être tenu pour responsable d’un echec ou d’un succès. C’est là que j’ai entendu parler du lancement de Rocket Internet en France et en Afrique, tout le monde en parlait alors à l’école, il se disait qu’ils confieraient des responsabilités à des jeunes fraichement diplômés pour construire des business. Je suis alors allé rencontrer Sacha et Jeremy, les fondateurs d’Africa Internet Group (maintenant Jumia) qui m’ont proposé de rejoindre leurs équipes pour développer un business e-commerce en Afrique. 3 jours avant mon départ je ne savais même pas où je commencerais et j’ai fini par être envoyé en Egypte où j’ai passé 1 an et demi à la gestion des opérations. Ensuite j’ai été envoyé au Nigeria pendant 4 mois pour développer le modèle de marketplace qui changeait de notre modèle initial de retailer. Ce positionnement est plus vertueux à mon sens puisque notre rôle n’est plus que de se concentrer sur la plateforme en elle même (logistique et marketing) mais absolument plus sur l’offre commerciale. Une fois que j’eus fini, on m’a envoyé au Maroc où je dirige Jumia depuis 3 ans.

Quels sont les principaux enjeux pour un groupe comme Jumia ?

Gérer une marketplace revient à gérer des communautés. Gérer une communauté de prestataires logistiques, gérer une communauté de vendeurs en leur donnant les bons outils pour qu’ils puissent investir de plus en plus, et enfin gérer une communauté de clients pour qu’ils viennent et reviennent acheter sur nos sites.

Pourquoi s’être implanté en Afrique ?

Car l’Afrique représente un potentiel de marché gigantesque. D’abord car le marché a beaucoup de retard, ensuite parce qu’il y a une vraie adhésion à la technologie à l’image du développement du mobile et enfin parce que le continent se développe énormément en termes de population et en particulier en ce qui concerne la classe moyenne. Si aujourd’hui 300M d’africains font parties de la classe moyenne, dans 20 ans ils seront 1Md.

En quoi l’implantation de Jumia est aussi dans l’interêt des africains et pas seulement dans celui du chiffre d’affaire d’un groupe occidental ?

D’abord car on devient un pôle de formation. Sur 250 employés à Casablanca, 70 employés sont là depuis le début et ont accédé à des meilleurs postes. Il n’existe probablement aucune meilleure école/formation en Afrique ou au Maroc sur le e-commerce. Beaucoup de nos anciens employés se sont d’ailleurs fait débaucher pour travailler dans d’autres entreprises.
Par ailleurs, notre impact est positif au niveau du développement de l’écosystème du pays. Pour développer le e-commerce, il y a besoin de développer un réseau de prestataires logistiques, d’une législation adaptée, d’une évangélisation des clients et des vendeurs sur le e-commerce pour leur faire intégrer que c’est un moyen sécurisé de consommation alternatif. En faisant ce travail là, on a créé un terreau qui est de plus en plus fertile à la création d’autres entreprises e-commerce qui pourront bénéficier de notre travail préalable.

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