Interview : la transformation digitale dans les métiers d’achat

Cette semaine, nous avons eu l’honneur d’interviewer Monsieur Benoît BATY, responsable d’achat large industry chez Air Liquide, sur le sujet autour de la transformation digitale dans les métiers d’achat.

Bonjour Benoît, pourriez-vous vous présenter et expliquer brièvement les activités du groupe Air Liquide ?

Le groupe Air Liquide est le leader mondial en production de gaz, oxygène et gaz rare. Les applications sont larges :

Air Liquide en quelques chiffres :

Pourriez-vous nous expliquer votre travail en tant que responsable d’achat ?

En tant que responsable achat Grand Ouest, je gère au quotidien les achats directs de 5 sites de productions Air Liquide France Industrie. 

Le périmètre technique se répartit entre :

  1. La gestion des contrats de maintenance
  2. La gestion des achats projets
  3. La gestion des achats liés aux grands arrêts de maintenance
  4. Des achats courants

Plus généralement, le responsable achat région est un relai entre le déploiement de  la stratégie groupe et la satisfaction du client interne local. Cette notion implique un support au quotidien aux différents interlocuteurs.

Les clients internes sont nombreux ; du responsable régional de maintenance aux techniciens sites en passant par la direction groupe et les directeurs de sites… Cette variété d’interlocuteurs rend cette fonction « interface » passionnante.  

Enfin, La fonction achat doit être la garante de l’optimisation permanente des coûts ce qui implique un respect strict du mix QCD (qualité, coût, délai) en élargissant aux fournisseurs. 

La transformation digitale a déjà lancé dans des fonctions comme Marketing et Finances etc, mais nous entendons relativement peu parler du digital dans les métiers d’achat. Selon vous est-ce que c’est un département qui est un peu en retard sur la transformation digitale par rapport aux autres services ?

La transformation digitale est cours dans le domaine des achats. Cependant, il est vrai que la digitalisation concerne principalement des domaines de la CRM et la gestion des cycles de négociation ou de prévision d’achat etc.

Je pense que l’on peut déplorer un certain retard dans la digitalisation. Par exemple dans les domaines analytiques si on compare les achats à la finance ou  le big data est devenu incontournable.

Pour autant, je pense qu’il est vraiment important de dissocier deux choses :

  • Le secteur d’activité : un acheteur industriel n’aura pas le même besoin en flux d’information qu’un acheteur en grande distribution.
  • La taille du groupe : les besoins en outils digitaux peuvent être variables entre un acheteur PME ou un acheteur en Industrie lourde. En effet, le premier peut avoir un périmètre et un nombre de fournisseur limité (100/500 Keuros pour 20/60 fournisseurs). Le deuxième peut avoir un périmètre beaucoup plus large avec des besoins accrus en CRM et gestion (1/15 M euros pour + de 300 fournisseurs).

Quels sont les outils digitaux les plus utilisés dans votre travail quotidien ? Avez-vous des exemples concrets d’utilisation ?

Dans le domaine des achats, les progiciels d’e-procurement sont devenus incontournables. Ils permettent notamment de gérer l’activité et la fonction au quotidien : valider les demandes d’achat,  suivre, quantifier les spends et plus généralement analyser l’activité.  

Je pense notamment aux deux suites leader : Oracle et SAP. Mais depuis quelques années, de nombreux logiciels apparaissent comme Ivalua notamment

D’un point de vue pratique deux exemples du quotidien :

  1. SAP permet de faire des extractions ce qui permet de suivre et analyser le niveau de spend fournisseur par catégorie ou période. Cela permet donc une optimisation de la réflexion et de l’analyse achat.
  2. Oracle permet  (par le biais de différents modules) aux techniciens de formaliser des demandes d’achat que je peux ou non transformer en commande. Le processus étant particulièrement ergonomique et simple, cela permet un gain de temps, d’efficacité tout en restant abordable pour le plus grand nombre.

Par ailleurs, nous avons intégrés au fil du temps de nombreux outils digitaux « supports » à la fonction achat.  Nous utilisons au quotidien RMT (Referential Management Tool) qui nous aide dans la création et gestion de nos base de données fournisseurs via une plateforme interactive et simple.  

Comme nous pouvons le constater les outils digitaux sont donc devenus une base nécessaire pour assumer une fonction achat.  Cela permet d’optimiser et de rationaliser le processus tout en pérennisant la gestion financière et documentaire.

Quels sont les enjeux que vous identifiez pour la fonction d’achat face à cette transformation digitale ? 

Les principaux enjeux de demain sont la gestion et le partage de l’information entre les différents acteurs du processus achat. 

En effet, l’ensemble des parties prenantes du cycle achat doivent avoir le bon niveau d’information au bon moment.  

Cela implique une transformation des outils actuels relativement peu ergonomiques vers des outils en lignes, disponibles et accessibles au plus grand nombre.

C’est d’ailleurs le cas chez Air Liquide où la transformation digitale est au cœur de la stratégie du groupe. Depuis quelques années, nous avons adoptés Google Suite.  Ce qui comprend un ensemble d’outils digitaux comme Drive pour le partage de fichier et le travail en ligne ou Hangout pour les visio conférence. 

Cette première étape dans la transition digitale constitue un réel pas en avant vers une simplification des échanges comme dans la collaboration en ligne.

Au-delà de cette évolution, l’ensemble des processus internes des fonctions achats vont être amenés à évoluer pour tendre vers de nouveaux outils plus performants.

Comment vous y prenez-vous pour définir un “agenda” de la transformation digitale ?

Concernant l’agenda, il faut être prudent car la transformation digitale doit être comprise et intégrée par l’ensemble des fonctions. Dans une entreprise industrielle, il faut savoir faire preuve de pédagogie et d’accompagnement pour que ces changements soient acceptés et perçus comme un avantage.

Cela implique donc des cycles de formations qui peuvent être long en fonction de la taille du groupe.

La digitalisation des outils doit donc être progressive et suffisamment accompagnée pour réussir.

 

Propos recueillis par Xintong LI, groupe The Publisher

Leave a Comment