Interview de Guillaume BOUTIN, co-fondateur de SensCritique

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Interview de Guillaume BOUTIN, co-fondateur de SensCritique, réseau social culturel français

 

Cette semaine, l’équipe du blog interviewe Guillaume BOUTIN, co-fondateur du réseau social culturel français SensCritique lancé publiquement en 2011, en charge de la monétisation et de la gestion des partenariats. Il revient avec nous sur la genèse du site communautaire et sur les étapes qui jalonnent le chemin qui mène du concept fort à la rentabilité.

marketing-digital-audencia-guillaume-boutin-senscritiqueBonjour Guillaume, peux-tu commencer par présenter rapidement ton parcours ?

J’ai suivi une formation à l’école de commerce ISG avant de commencer par travailler en télé. Par la suite, j’ai travaillé dans le secteur web, d’abord en vendant des publicités télé sur Internet. J’ai ensuite lancé le site d’actualités sur les jeux vidéo Gamekult en 2000 avec 2 amis, que nous avons ensuite revendu en 2007 au groupe américain CNET Networks. Nous étions 3 associés très complémentaires, ce qui a été un vrai atout: un pur développeur, un spécialiste du contenu qui était rédacteur en chef et je m’occupais pour ma part de tous les aspects de monétisation.

 

 

Comment est né SensCritique suite à la vente de Gamekult ? Est-ce que vous aviez déjà le concept ?

On n’avait pas encore l’idée mais on avait déjà réalisé du temps de Gamekult l’importance de l’influence des vraies personnes par rapport à des médias ou des journalistes. C’est-à-dire que l’avis d’un ami ou d’un personne de confiance, le bouche à oreilles,  a toujours plus d’impact que n’importe quelle critique positive lue en ligne ou dans la presse.  On constatait très bien sur les forums de Gamekult, qui étaient extrêmement actifs, comment au-delà des tests de la rédaction les internautes  pouvaient s’influencer entre eux. Au-delà du jeu vidéo, on le remarquait tout simplement entre nous:  on discutait beaucoup de cinéma sans pouvoir garder de trace des conseils et avis échangés. C’est ainsi qu’est née plus globalement l’idée de SensCritique: connaitre l’avis de son entourage sur n’importe quelle œuvre culturelle,  garder une trace de ce qu’on a aimé ou non, conseiller facilement une œuvre à un ami sans que ce conseil ne se perde au détour d’une conversation.

 

Comment s’est déroulé le lancement de SensCritique ?

On a commencé à réfléchir au projet en 2008. Pendant 1 an et demi, on a développé à tâtons le site sans avoir d’idée précise de la forme finale. On a d’abord lancé une alpha avec uniquement nos cercles d’amis, avant de passer à une seconde phase de bêta  fermée. Un point intéressant est la façon dont on a réussi à créer une attente presque artificielle autour du lancement de ce nouveau réseau social. C’est ce qu’on appelle le syndrome de la boite de nuit vide ! Quelle que soit la qualité du lieu et de la musique, s’il n’y a personne tu ne restes pas ! Cette logique est valable pour un réseau social avec zéro activité, d’où l’idée de la bêta fermée pour qu’il y ait déjà de l’activité (notes, critiques…)  au lancement public de SensCritique. Ce qui compte vraiment pour un réseau social c’est d’avoir un noyau dur d’utilisateurs au départ. On s’est appuyé sur la petite réputation que l’on avait depuis l’aventure Gamekult. Clément APAP, notre rédacteur en chef avait pas mal de followers sur Twitter. On a donc créé des comptes Twitter et Facebook quelques mois avant le lancement pour faire du teasing autour de SensCritique  auprès de nos 1000 ou 2000 followers. L’audience n’était pas énorme, même si composée de personnes plus ou moins influentes comme des journalistes. On a limité les inscriptions à 100 places au tout début de la bêta, ce côté happy few permettant d’avoir un site presque vide pour les premiers utilisateurs  à découvrir le site. On a distribué chaque semaine un peu plus d’invitations pour augmenter progressivement la taille de la communauté. Les utilisateurs pouvaient aussi inviter leurs connaissances, pour créer un maillage entre utilisateurs et encourager le bouche à oreilles autour de SensCritique. Avec le recul, la bêta aurait pu être raccourcie de 9 mois à 6 mois.

Comment avez-vous géré la base de données au début du projet ? Il semble difficile d’attirer de nouveaux utilisateurs sans la présence d’un contenu dense.

La base de données n’était pas aussi complète qu’aujourd’hui mais la possibilité d’aspirer des bases de données sur Internet a permis d’avoir une base de données assez importante (même si il est souvent nécessaire d’opérer un gros travail de cleaning). Par ailleurs le site était déjà en wiki, c’est-à-dire que la communauté pouvait créer les fiches œuvres manquantes pour finaliser la base, qui est aujourd’hui très complète.

 

Aujourd’hui qui constitue la communauté SensCritique ?

La communauté comprend aujourd’hui environ 500.000 membres inscrits, mais seulement 120.000 utilisateurs actifs. On considère en perdre une part trop importante et cela fait partie des défis sur lesquels on travaille. Concernant son profil, 90% de la communauté a moins de 35 ans et elle est à 60% masculine. Il est plus difficile de raisonner en terme de centres d’intérêt car c’est une agrégation de plusieurs communautés (cinéphiles, amateurs de séries, passionnes de comics…). On a une croissance assez régulière entre 15.000 et 25.000 nouveaux membres par mois.

 

Dans quelle mesure animez-vous cette communauté ? Comment la retenir, la fidéliser et encourager son activité ?

On cherche à améliorer  en permanence le site et l’expérience utilisateur, en se remettant en question constamment au sujet des fonctionnalités qu’on propose. En terme d’animation à strictement parler, on ne fait en réalité pas grand chose pour l’instant et on devrait certainement en faire plus. Il y a pour l’instant un système d’e-mails et de notifications. On crée aussi du lien avec la communauté par l’intermédiaire de Facebook, qui est un outil de communication important pour nous, tant pour s’adresser à notre communauté que pour recruter des nouveaux membres.

 

De quelle façon générer du revenu grâce à cette communauté ? Avez-vous aujourd’hui atteint le seuil de rentabilité ?

On est rentable depuis le début de l’année 2016. La monétisation a commencé il y a un peu plus de 2 ans sous forme très exploratoire, avec l’adoption de publicité (principalement du display). En 2015, on a commencé à prendre nos marques et tisser des relations privilégiées avec nos annonceurs, qui sont majoritairement des annonceurs culturels. On ne proposait pas la même chose qu’ailleurs, d’où un travail nécessaire d’évangélisation auprès des distributeurs, notamment de films, qui représentent les 2/3 de nos revenus (et de notre audience). Nos budgets ne nous permettent pas de proposer de publicité ciblée et on est donc plutôt dans une logique de frappe globale. Il est encore tôt pour le dire, mais aujourd’hui notre trend mensuel fait qu’on gagne plus que l’on ne dépense, et on espère générer bientôt du profit !

 

Tirez-vous aussi partie de la base de données désormais très complète de SensCritique pour générer du revenu ?

Tout à fait même si c’est encore marginal ! On vend depuis un peu moins d’1 an des données de 2 types,  surtout à des opérateurs de VOD: des métadonnées classiques sur les œuvres culturels et des données utilisateurs. Attention, on ne vend jamais rien de personnel, pas même les adresses e-mail ! On vend par contre les notes moyennes, la répartition des notes, les tops par univers culturel…

A moyen terme, quels axes de développement envisagez-vous pour le site notamment autour des nouveaux usages tels le mobile par exemple ?

Alors nous chez SensCritique, on ne croit pas trop au mobile, on pense que les gens vont arrêter de l’utiliser car cela ne sert à rien n’est-ce pas ? Non, en réalité on a fait pas mal d’erreurs autour du mobile (dans le choix des prestataires par exemple) qui font qu’on est aujourd’hui un peu en retard. Les applications SensCritique existantes manquent par exemple de fonctionnalités par rapport au site web. On change actuellement de technologie ce qui devrait nous permettre de développer plus facilement des fonctionnalités sur les applications Android/iOS et d’améliorer le responsive du site sur navigateur mobile, mais cela nous impose d’abord de récrire le site, ce qui est un peu ingrat car on n’en voit pour l’instant pas les retombées.

Merci Guillaume ! Un petit mot de la fin/conseil pour des étudiants qui se lanceraient dans l’entrepreneuriat web ?

Marrez-vous bien en école de commerce, vous aurez moins le temps après! Plus sérieusement, il faut s’entourer des bonnes personnes et être créatif en permanence, et surtout prendre du plaisir dans ce que l’on fait ! Ça c’est un beau conseil !

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