Frites et livraison par drône, Jean-Claude Guyard (Capgemini) nous parle des tendances digitales

Cette semaine j’ai interviewé Jean-Claude Guyard responsable de l’AIE de Paris (Applied Innovation Exchange) de Capgemini en France. J’ai eu la chance de côtoyer Jean-Claude alors que j’étais son stagiaire pendant 6 mois au sein de cette espace dédié à l’innovation. Aujourd’hui il nous éclaire pour ce blog sur plusieurs sujets. Au programme : nouvelles tendances digitales, Intelligence Artificielle et e-commerce de demain.

  • Bonjour Jean-Claude et merci de m’accorder cette interview. Dans ton travail tous les jours tu es au contact des entreprises et de leurs besoins digitaux mais aussi de toutes les dernières technologies susceptibles de les intéresser. Quelles sont les dernières tendances digitales qui t’ont marqué et qui pourraient se développer à l’avenir ? 

A l’AIE Capgemini nous ne sommes pas forcément très en avance car nous réalisons des choses très concrètes pour nos clients, nous faisons de l’innovation appliquée. Toutefois il y a au moins deux sujets qui se détachent pour l’avenir en ce moment et que l’on voit appliqués dans les trois à six mois pour nos clients. La première c’est la réalité mixte, c’est à la fois de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle, portée par les travaux menés par Apple, Google et leurs programmes respectifs ARkit et ARcore. C’est quelque chose qui fait réagir les clients.

"Si il est encore trop tôt pour pouvoir dire si cela va vraiment fonctionner (réalité mixte et blockchain) sont les deux gros sujets sur lesquels on travaille"

En innovation appliquée, nous avons beaucoup de projets qui concernent la blockchain même si cela n’en est encore qu’au stade de l’expérimentation. Nous travaillons sur des projets de blockchain à la fois pour des acteurs du retail pour la création de portefeuilles numériques, mais aussi dans la supply chain pour un meilleur suivi des éléments entrant et sortant de la chaîne. Enfin nous avons évidemment des uses cases pour des acteurs de la finance et des démonstrations en cours de développement prévues pour le mois de Janvier. Si il est encore trop tôt pour pouvoir dire si cela va vraiment fonctionner ce sont les deux gros sujets sur lesquels on travaille, et je dirais que la blockchain est plus avancée pour le moment.

  • Quelles nouvelles technologies sont les plus prisées par les entreprises ? quelles sont les innovations immanquables, celles autour desquels vous travaillez le plus ? 

Aujourd’hui ce qui marche le mieux et que l’on voit à toutes les sauces et vraiment partout c’est l’Intelligence Artificielle. L'IA intéresse sous toutes ses formes imaginables aussi bien avec de la reconnaissance vocale ou visuelle, que sous forme d’assistant virtuel, ou avec le NLP (Natural Language Process) et toutes les autres variantes possibles. Toutes les entreprises s’y intéressent et c’est très marquant, par exemple pas plus tard qu’avant hier avec un opérateur téléphonique étranger la question qui a été posée n’était pas « est-ce que l’on fait de l’IA » mais « où devons nous mettre de l’IA », ils ont ouvert un département robotique dans lequel ils se demandent maintenant par quoi ils doivent commencer même si il n’y a pas forcement de besoin métier identifié à ce jour. En fait il n’y a pas un secteur qui n’est pas intéressé par l’IA.

  • Justement nous avons beaucoup parlé d’IA cette semaine dans le blog, comment est-ce que vous abordez cela à l’AIE ? quelles sont les utilisations que font les entreprises de l’IA ? 

(Voir l'article: L’Intelligence Artificielle: quel rôle dans notre quotidien ?)

Le truc que tout le monde fait c’est un bot, ou plutôt assistant virtuel. Aujourd’hui bot ou chatbot sont devenus des gros mots, car comme d’habitude lorsque l’on arrive en bas de la courbe pour une tendance digitale le buzzword qui a amené cette même tendance devient un mot à bannir. Tout le monde met des assistants virtuels partout, avec des vocations différentes : un rôle de guide, présentation du catalogue par exemple ou un moyen de faire des diagnostiques. Après le niveau de technologies est différents, il nous arrive de procéder encore par mot clés comme pour le Scripting d’il y a 15 ans mais évidemment aujourd’hui les outils sont devenus plus intelligents.

Le 2ème élément qui ressort autour de l’IA c’est le RPA (Robot Process Automation), c’est l’automatisation des processus dans le but de décharger l’humain de certaines tâches fastidieuses et complexes.

  • Mais est-ce que le RPA relève justement de l’IA ? 

Non pas vraiment effectivement car cela reste proche des macros Excel qui existent depuis longtemps, c’est de l’automatisation de l’action, d’ailleurs le RPA on n’en fait pas dans le lab. Mais, là où le Lab apporte c’est pour rajouter du cognitif et donc de l’IA sur du RPA, ce sur quoi l’on travaille. On distingue à ce titre 3 formes de RPA :

- L’unattended RPA où tout est automatisé et il n’y a aucune interaction humaine

- L’attended RPA où la machine a des limites et doit être assistée par un humain

- le cognitif, qui permet au robot qui a besoin d’assistance en amont d’ « apprendre » et réduit peu à peu le besoin de recourir à une interaction humaine en aval.

  • Nous avons aussi beaucoup travaillé autour de problématiques e-commerce, d’ailleurs nous avons du imaginer le e-commerce en 2020 (c’est pas si loin !), cela ressemblera à quoi selon toi le e-commerce à l’avenir ? On sera bientôt livré par drone ?

Nous travaillons autour du e-commerce notamment avec des partenaires comme Salesforce par exemple. 2020 on y est déjà, Amazon est déjà capable de livrer des fruits chez toi en 24h par exemple. La livraison par drone pourquoi pas si cela peut être utile, il y a déjà des utilisations au Canada ou en Californie mais il faut faire attention aux réglementations, enfin on avait bien des pigeons voyageurs à l’époque alors pourquoi pas des drones ? Je pense que cela marchera mais ce n’est pas la solution universelle. Le e-commerce va s’accélérer avec des moyens logistiques accrus, comme des drones, des moyens de stockages locaux ou même du social.

"Fondamentalement c’est la prédiction et à nouveau l’IA qui vont impacter le e-commerce"

Par exemple on travaille en ce moment avec la start-up Living Packet qui permet avec des sacs connectés à des particuliers qui prennent le train par exemple de s’occuper de transporter des affaires pour d’autres, c’est un moyen plus écologique, plus économique et social. Aujourd’hui il y a plein de produit qui peuvent être livrés en moins de 24h et ça devient forcément moins cher parce qu’il y a moins de stocks et que ça part plus vite.

Ensuite fondamentalement c’est la prédiction et à nouveau l’IA qui vont impacter le e-commerce. Amazon encore sait prédire qu’il faut des stocks de pommes de terres dans l’entrepôt prés de chez toi le jeudi soir parce que tu as l’habitude de faire des frites avec tes amis le vendredi midi et que tu commandes chez eux, cela permet une bien meilleure gestion des stocks et ce de façon automatique car c’est une machine qui aura reconnu ton habitude de consommation. Le e-commerce va s’améliorer avec le prédictif, même si il faut encore l’améliorer évidemment. Un autre exemple concernant la logistique c’est Leclerc qui a imaginé des magasins virtuels/physiques, ils louent ou achètent des pas de portes dans les centres villes avec seulement un concierge dans lesquels on peut venir retirer notre commande faite en ligne, c’est une espèce de social drive. La logistique et la prévision sont donc vraiment les éléments clés selon moi.

  • Tu parlais de Living Packet avec qui vous travaillez, vous avez de nombreux partenaires et ce sont souvent des start-ups qui développent des solutions innovantes, comment la relation entre les grandes entreprises et les start-ups a évolué ces dernières années avec l’avènement du digital ? 

C’est une relation qui a évolué. Les grands groupes étaient très maladroits il y a quelques années, ils utilisaient les start-ups et avaient du mal à déployer les solutions par la suite car soit ils étouffaient la start-up soit ils étaient trop souvent dans une logique « technologie first » et avaient tendance à oublier les uses cases derrières et l’utilité d’implémenter telle ou telle technologie, or ce sont les use cases qui sont fondamentaux pas la technologie. C’est quelque chose qui est en train de changer et les grandes entreprises essayent de s’améliorer et d’apprendre de leurs échecs. Un autre facteur important est que ces mêmes entreprises communiquent beaucoup plus entre elles et c’est important, il y a plein de syndicats comme le Cigref ou le Syntec numérique qui échangent beaucoup. Mais il reste encore du chemin à faire. Tous les grands groupes ont ouvert des espaces d’innovations proches des start-ups dans des environnements dédiés, ils ont appris à se dire « je vais m’entourer des gens qui savent travailler avec des start-ups », c’est pourquoi elles s’approchent d’incubateurs comme La Poste par exemple qui a un étage complet au Schoolab ou encore les entreprises présentes à la Station F. Ces espaces agissent comme du papier bulle qui permet de protéger ces objets fragiles que sont les start-ups et avec lesquelles il faut utiliser des gants. Je ne sais pas si ce système marche vraiment mais c’est un moyen de ne pas briser les start-ups.

En savoir plus :

Sur l’AIE Capgemini : https://www.capgemini.com/gb-en/service/transformation-innovation/applied-innovation-exchange/

Les programmes AR d’Apple et Google : https://www.computerworld.com/article/3171687/virtual-reality/why-google-and-apple-will-rule-mixed-reality.html (article en anglais)

Les incubateurs Station F et Schoolab: https://stationf.co/fr/ / https://theschoolab.com/

 

Hugo pour The Digitalicious

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