StopCovid : tracer la population afin de limiter la crise sanitaire ?

Inspirée de travaux menés en Corée du Sud, le gouvernement a lancé un projet d’application mobile permettant de suivre les personnes testées positives au Covid-19 afin d’avertir celles qui auraient été en contact avec elles dans les 15 derniers jours. Les personnes alertées peuvent alors être testées ou se mettre en quarantaine. L’enjeu de ce système repose sur le bon vouloir de la personne contaminée, libre de se déclarée positive au virus.

Basé sur l’anonymat et le volontariat, le projet devait être discuté mardi dernier à l’Assemblée. Le premier ministre l’a déclaré prématuré et il est donc reporté en raison des questions éthiques et scientifiques qu’il soulève. L’application n’étant encore qu’au stade de prototype, le débat aura lieu quand cette dernière sera lancée et sera certainement suivi d’un vote.

 

L’inquiétude face aux libertés individuelles

Les données ont beau être anonymes, – pas question de savoir qui a été malade, ni où, ni quand – les questions liées au respect des données apparaissent peu à peu. 140 spécialistes du cryptage ont signé une tribune alertant sur le respect de la vie privée et des libertés individuelles, et demandent une transparence quant au déploiement de cette application : « tous les choix techniques doivent être documentés, argumentés et assumés par les parties responsables ; le protocole et son implémentation doivent être documentés, publics et faire l’objet d’audits indépendants ». La ligue des droits de l’homme a d’ailleurs appelé les parlementaires à s’opposer au projet dans une lettre ouverte, dénonçant des “paramètres qui posent problème, qu’ils soient d’ordre technologiques, médicaux, scientifiques ou éthiques.” D’après la ligue, les risques de confidentialité des données sont bien présents.

L’article de la ligue des droits de l’homme est disponible ici.

 

Un obstacle technologique

La mise en place de ce dispositif fait face à des enjeux technologiques. L’application pourra fonctionner grâce au système Bluetooth du téléphone qui peut agir jusqu’à 15 mètres de distance. Sur les appareils Apple, le bluetooth ne fonctionne pas lorsque le téléphone est en veille. La France est donc en cours de négociation avec la multinationale pour que le système iOS puisse utiliser le bluetooth en dehors de l’utilisation de l’application. La sécurité sanitaire de notre pays dépendrait-elle du géant américain ?…

Retrouvez l’article complet ici.

Les chercheurs favorables au projet

Sonia Bon Mokhtar chercheuse au CNRS affirme qu’un système de cryptage est en train d’être mis au point, afin d’empêcher une fuite des données. Le 26 avril, la Commission nationale de l’information et des libertés (Cnil) a estimé que l’application était conforme aux règles RGPD, tout en prévenant le gouvernement sur ce dispositif de tracing, qui ne doit pas être utilisé au-delà du besoin. Pour Jean-Stéphane Dhersin, chargé de la mise en place de la plateforme MODCOV19, ce système de contact tracing permet d’apporter des données très utiles au CNRS afin de mieux étudier l’épidémie au sein de la population.

L’article du CNRS est disponible ici.

 

Si la France, contrairement à son voisin belge, arrive à mettre au jour ce projet, l’enjeu sera de convaincre la population de la promesse de cette application, afin d’en assurer son efficacité.

 

Emilie Boulnois

 

(Français)
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