Facebook : boîte de Pandore ou bouc émissaire d’Internet ?

Mark Zuckerberg a publié un billet dans le Washington Post le 30 mars dernier pour réclamer l’intervention des régulateurs sur les sujets de contenu violent, d’intégrité des élections démocratiques, de vie privée et de portabilité des données. Dans ce post, il explique comment Facebook serait impuissant face à une vague mondiale de dérives qui tombent dans un vide juridique. Non seulement il appelle les gouvernements à intervenir et à exercer leurs pouvoirs de législateurs, mais il propose aussi de redéfinir Facebook en profondeur.

POLITIQUE, VIOLENCE ET CARRE BLEU

De sa propre confession, toujours dans sa tribune pour le Washington Post, Mark Zuckerberg avoue que Facebook dispose d’une trop grande influence sur la liberté d’expression.

En effet, trois semaines après la funeste diffusion en live des attentats contre une mosquée à Christchurch en Nouvelle-Zélande, le réseau social le plus populaire du monde est poussé dans ses retranchements. Baisse de popularité, accusation de diffusion d’infox (fake news), scandales d’évasion fiscale, fuite des données, propagation de violence, etc. La firme californienne subit depuis quelques temps déjà le contre-coup violent de ses premières années de croissance candide.

Le réseau social n’en est pas à sa dernière accusation de diffusion d’infox : les anti-vaccins, les groupes pro-life qui militent sur le réseau social sous de faux comptes « neutres », les soupçons d’ingérence russe dans la campagne américaine de 2016 ou les diffusions régulières de suicides en live sont aussi au cœur de la polémique. Facebook est accusé d’être un complice passif de la bataille pour la désinformation et la violence sur internet.

Les réseaux sociaux, et plus largement internet, se sont constitués comme de formidables caisses de résonances, permettant à chacun de donner son opinion et de créer une multitude de projets avec peu de moyens. Mais le vice est intrinsèquement lié à cet avantage. La liberté d’expression est souvent outrepassée et des contre-vérités se mêlent chaque jour au flux d’information diffusé.

UNE INTERVENTION DES LÉGISLATEURS NATIONAUX

Concernant les infox et les scandales qui se sont succédés, “Zuck” renvoie la balle dans le camp des Etats. Pour lui, Facebook est à son maximum de régulation et ne peut contenir la vague de violence générée sans un cadre légal plus strict. C’est ce que le site spécialisé The Next Web explique dans son article How Mark Zuckerberg wants governments to regulate content on online platforms. Toutefois, l’auteur, Ivan Mehta, remarque également que Facebook ne réagit qu’après de tragiques évènements et non en amont. Zuckerberg demande alors une intervention des Etats pour définir ce qu’on appelle un contenu dangereux et pour définir jusqu’où les entreprises doivent aller pour limiter la diffusion. Concrètement, il a également appelé à la publication trimestrielle de rapports de transparence.

QUEL AVENIR POUR FACEBOOK ?

Le titre de l’article de The Verge sonne comme une prophétie : « Facebook knows that Facebook isn’t the future.». Comme l’écrit Jacob Kastrenakes, il ne s’agit pas uniquement de la mauvaise réputation de Facebook quant au respect de la vie privée, qui ne fait qu’empirer. La firme sait qu’elle a perdu la bataille des 15-25 ans au profit de Snapchat et d’Instagram, même si Snapchat lui-même peine à sortir la tête de l’eau. Les nouvelles habitudes digitales sont déjà ancrées chez cette jeune génération, acquise à l’éphémère et au jeu. Facebook a bien essayé de prendre le train en marche avec ses stories, mais elles sont moins naturelles que celles des deux autres réseaux sociaux.

En perdant en attractivité pour ses propres services, Facebook risque d’en perdre aussi pour sa régie publicitaire et ses services de retargeting. La confiance des marketeurs calque celle des utilisateurs. Si le fil d’actualité est dégraissé des news, comment les publicités s’intègreront efficacement en son sein ?

UN FOCUS SUR LES INTERACTIONS PERSONNELLES ET ÉPHÉMÈRES

Comme le résume bien le sus-cité Jacob Kastrenakes dans l’article de The Verge, « Mark Zuckerberg décrit un nouveau Facebook qui atténue la résonance du flux d’informations et de ses problèmes liés. ». Il souhaite revenir à des échanges en cercles fermés, sur des modèles rassurants car éphémères. Une messagerie protégée, une plateforme sécurisée de partage de photos et de vidéos sans publicité, le CEO de l’entreprise aux 2,3 milliards d’inscrits semble vouloir vendre un mirage aux sceptiques. En réalité, il tente de faire passer Facebook pour le groupe détenant WhatsApp, Instagram et Messenger, moins vecteurs d’informations que d’interactions personnelles voire intimes, et non plus vecteur d’infox et revendeur douteux d’informations personnelles.

Quelque part, il fait mine de revenir vers l’époque où Facebook était un moyen de suivre de l’actualité de nos connaissances. Est-ce encore vraiment possible ?

(Français)
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