Ghosting : une tendance sociale qui s’ancre dans le monde professionnel ?

Vous avez déjà peut-être entendu parler de ce phénomène : le ghosting. Le jeudi 19 mars, Le digital pour tous a présenté un podcast très intéressant sur ce thème, je vous invite à l’écouter.

Le terme est apparu autour de 2015 pour décrire un phénomène qui apparaissait principalement sur les applications de rencontre. Lorsqu’un utilisateur ne souhaite plus s’engager dans une relation, malgré de précédentes interactions, il disparaît de l’application ou bloque l’autre, sans fournir d’explications. Tinder a notamment été le support privilégié de la montée de cette tendance.

Certains réseaux sociaux ont pu contribuer à la naissance du phénomène, en permettant aux utilisateurs de se créer des comptes, parfois sous de fausses identités. Il est, par exemple, tout à fait possible de rester anonyme sur Twitter. 

Cela favorise aussi des comportements qu’un utilisateur n’aurait pas en temps normal, puisqu’il sait que son identité est protégée. Par conséquent, supprimer le compte pour ne pas assumer ses responsabilités est très simple. C’est le même principe qui s’applique au ghosting : disparaître en ne donnant aucune explication pour ne pas avoir à se justifier.

Le phénomène intervient majoritairement à travers le digital, car il est plus facile de disparaître ou d’ignorer quelqu’un sur les réseaux sociaux que dans la vie réelle. 

« Ai-je dit ou fait quelque chose de mal ? Pourquoi choisir de m’ignorer ? Pourquoi ne pas me parler du problème ? »

En parallèle, pour l’interlocuteur ghosté, le phénomène est difficile à comprendre. Du jour au lendemain, il se retrouve sans nouvelle de la personne avec qui il converse. Il peut se sentir blessé, chercher à se remettre en question, en l’absence d’explications. 

Un sondage mené de concert par le cabinet d’études Occurence et Malène Rydahl dans son ouvrage Je te réponds… Moi non plus fait ressortir que 80% des interrogés préfèrent recevoir une réponse négative à un message plutôt que de devoir faire face au silence. 

Le phénomène de ghosting peut aujourd’hui apparaître dans différentes situations, en particulier dans le monde professionnel, où les collaborateurs sont sur sollicités. Les problématiques y sont alors bien différentes.

Image de fantôme

Peut-on considérer que ne pas répondre à un mail est du ghosting ?

Dans le monde professionnel, les sollicitations sont aujourd’hui nombreuses. Nous sommes subjugués de mails, d’appels, de relances… Les entreprises utilisent aussi aujourd’hui des systèmes de messagerie instantanée pour favoriser le dialogue direct entre les collaborateurs. 

Cela coïncide avec l’accélération des sollicitations digitales dans nos vies personnelles. Nous sommes donc continuellement sous le joug de nos notifications, ce qui peut exercer une certaine pression : la réponse juste et rapide à chaque message

Dans le cadre professionnel, il est possible de rencontrer diverses situations de ghosting

  • Un client ne donne plus de nouvelles au moment de payer une facture
  • Après avoir aidé un potentiel prospect de manière gratuite à réaliser un projet, il ne donne plus de ses nouvelles
  • Un recruteur ne recontacte pas un candidat après lui avoir fait passer un entretien

 

Et qu’en est-il lorsque vos collègues oublient petit à petit de vous intégrer à des réunions, de vous inclure dans les boucles de mail ou de répondre à vos mails ? Peut-on parler de ghosting progressif ?

Nous n’avons pas toujours le temps de répondre à toutes les sollicitations que nous recevons. Nous pouvons avoir tendance à privilégier certaines tâches par rapport à d’autres. Parfois, cela se répercute sur notre gestion des mails ou des messages instantanés. 

Nous faisons du tri et priorisons afin de traiter ce qui nous semble plus important en premier lieu, le reste ensuite. On ne peut plus répondre à tout le monde. Toujours selon le sondage mené par Occurrence, 72% des interrogés avouent ne pas répondre à certains mails professionnels. De la même manière que pour le ghosting, nos collaborateurs peuvent se sentir peu considérés. Si ces absences de réponses perdurent, nous entrons dans une phase de ghosting.

Image de courrier à travers le monde

La question du droit à la déconnexion, y compris sur le lieu de travail

Pour d’autres personnes, le ghosting dans le cadre professionnel est aussi une échappatoire face à la pression

Le nombre de burn-out est en augmentation depuis quelques années. Couper ses mails ou ses notifications peut être une source de réconfort pour les salariés ou managers sous pression. Une rupture avec ses mails ou sa messagerie instantanée est aussi l’occasion de pouvoir se concentrer pour avancer sur un seul projet sans s’interrompre pour répondre aux autres

Certains managers se réservent même un temps de travail uniquement dédié à avancer sur leurs projets. Pour cela, ils se prévoient des réunions avec eux-mêmes dans leur agenda. Ainsi, ils ne reçoivent pas d’autres sollicitations pendant ce temps car ils apparaissent comme « occupé » lorsque l’on cherche à les contacter. 

Cela rejoint alors la question du droit à la déconnexion. En dehors du temps de travail, les employés et managers peuvent-ils être injoignables ? Les entreprises sont aujourd’hui tenues de définir dans une charte quelle est leur politique de droit à la déconnexion. 

Nous avions d’ailleurs déjà abordé ce sujet de déconnexion lorsque nous avions étudié les effets du numérique sur notre hygiène digitale. Que pourrait-on faire pour endiguer ce phénomène de ghosting en entreprise ? 

La clef de cette tendance serait sans doute la communication afin d’indiquer à ses interlocuteurs que la période étant intense, les sollicitations pourront être traitées ultérieurement. Voyons plus loin encore : sur le temps de travail, pourrait-il y avoir un droit à la déconnexion, envisageant peut-être une déconnexion restreinte, pour se concentrer pendant une période limitée sur ses propres projets professionnels ? 

 

Lucie REDOIS

(Français)
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