Comment s’organise la continuité pédagogique en période de confinement ?

En cette période de confinement, nous sommes en mesure de repérer les points de dysfonctionnement au sein de notre société. L’un d’entre eux concerne le milieu éducatif qui s’est retrouvé confronté à des problèmes sociologiques et technologiques particulièrement importants pour les collèges et les lycées.  

En effet, ces deux stades sont des étapes charnières pour la vie des futures élèves. Or, ce sont des périodes où l’on rencontre le plus de décrochages scolaire. La faute à une inégalité dans les conditions de travail des différents élèves qui affecte nécessairement la motivation.

En cette période de confinement dû au COVID-19, ces inégalités se creusent et les professeurs font tout leur possible pour garder le contact avec les élèves. Mais ils se confrontent à un manque de moyens technologiques pour gérer cette crise.

Pour en savoir plus, nous avons rencontré un professeur en lycée professionnel qui a préféré garder l’anonymat. Ce professeur anciennement commercial, gère 3 classes de commerce :

  • une de Première
  • une de Terminale
  • une classe de BTS

Il nous a donné son avis sur la gestion de cette crise en milieu scolaire et des moyens mis en place qu’ils soient formels ou non.  

 Comment s’est passé le confinement au départ ?

 « Lorsqu’on nous a parlé de confinement, on nous a d’abord parlé de continuité pédagogique pour ne pas abandonner les étudiants. On a commencé par nous parler d’outils numériques, mais le problème, c’est que très rapidement, ces outils ont cessé de fonctionner en raison de la trop grande quantité de personnes qui voulait se connecter. »

 Comment avez-vous fait pour garder le contact avec les élèves ?

 « Très rapidement, j’ai eu l’idée de mettre en place un discord pour pouvoir communiquer avec mes élèves. S’est alors posé la question de la RGPD pour les étudiants, car l’Education nationale est assez stricte en ce qui concerne la gestion de ces données.

 Mais étant donné le contexte, j’ai eu l’aval de mon supérieur. Nous avons donc contacté tous les élèves par mail ou téléphone pour les informer. Au bout d’une semaine, pratiquement tous les élèves étaient présents sur le discord. »

 Arrivez-vous à garder le contact avec tout le monde ?

 « On a des élèves qui n’ont pas forcément le matériel informatique, la connexion ou simplement l’envie. Ce qui est intéressant chez nous, c’est que cette année, dès la rentrée, tous les élèves ont été doté de tablettes. Alors, ils sont en principe tous équipés, mais le problème, c’est que certains ne sont pas confinés chez eux et donc n’ont pas accès à ce matériel ou à une bonne connexion internet. 

 Pour ceux qui ne sont pas équipés, le lycée a mis en place une permanence pour distribuer des tablettes »

 Qu’est-ce que vous mettez en place pour garder le contact avec ces élèves-là ?

 « Avec ces élèves, on essaie d’avoir un contact assez différent pour garder le contact. C’est plus le travail de ma collègue parce que moi je m’occupe plus de la partie infrastructure, mais en gros, on essaie de les appeler, de contacter les parents pour savoir ce qui se passe. Des fois, c’est justifié, ils nous disent qu’ils n’ont pas le temps, que c’est compliqué ou qu’il y a trop de travail.

 Mais certains ne donnent carrément plus de nouvelles, ils sont injoignables, ils ne veulent pas être joints et c’est compliqué. Heureusement ça reste très minoritaire, car ça ne concerne que 2-3 élèves sur plus de 90. On signale donc ces cas au CPE et ce sont eux qui prennent le relais. »  

Comment se passe une journée type de classe en confinement ?

 « Je leur donne du travail en début de semaine et je me connecte chaque jour pour pouvoir répondre à leur question ou corriger leur travail. Il n’y a pas vraiment de règles, ils me posent des questions quand ils veulent. Je les autorise à m’envoyer des messages tard le soir, mais s’il est trop tard en principe, je réponds le lendemain »  

Le confinement a modifié les méthodes de travail des étudiants. Comment allez-vous gérer le retour des élèves dans une classe ?

 « Tout dépend de si on reprend en septembre ou si on reprend avant. Si on reprend en septembre, on repart sur de nouvelles bases. Si on reprend avant, je ne m’inquiète pas trop parce que dans mes classes, j’essaie au maximum de travailler l’autonomie.

Donc ma méthode de cours ne diffère pas vraiment de la manière dont ils font leur travail pendant cette période de confinement. Il y aura forcément un debrief et un retard à rattraper parce qu’ils ont des compétences à valider et on leur donne nécessairement moins de travail.

 Ce qui m’inquiète le plus par contre, c’est que peut-être qu’on ne reverra plus certains élèves qui auront totalement décroché. On peut essayer de parler avec les parents, mais le problème, c’est qu’on a des élèves qui ne sont pas chez leurs parents, qui sont chez des tantes des oncles ou des foyers.

Ils sont dans des situations telles que parfois peur eux l’école, c’est le cadet de leurs soucis parce qu’ils ont d’autres problèmes dans leur vie de tous les jours et on n’a pas le levier des parents pour nous aider donc c’est très compliqué. Mais on espère qu’ils reviendront. »

Pour vous, quel est le principal point d’amélioration pour être en mesure de gérer au mieux une nouvelle crise de ce genre ?

 « On a su s’adapter, mais pour que demain ça puisse fonctionner de manière viable, on doit avoir les outils adaptés. Aujourd’hui, je travaille sur discord demain je ne devrais pas avoir à le faire. Il faut une réelle plateforme d’Éducation nationale qui nous permet de travailler de manière sécurisée, tout en pouvant supporter la charge d’utilisateurs.

 Il faut aussi être certains que chaque élève ait accès à une connexion, un équipement et des conditions de travail favorables, mais ça, on ne pourra jamais en être certains. Certains élèves n’ont pas d’espace de travail chez eux ou alors, ils doivent le partager avec d’autres membres de leur famille et c’est très compliqué. »

 

Cette interview nous montre les limites de notre société en matière de capacité numérique. Que cela concerne l’équipement des élèves ou la qualité des infrastructures web. Dans ce cas précis, la continuité a été assuré grâce à la mobilisation du corps enseignant qui voulait garder le contact avec les élèves.

Lorsqu’on demande à ce professeur ce qui l’a poussé à se reconvertir pour devenir enseignant en région parisienne, il nous dit que c’est l’envie de transmettre à des élèves à qui il y a beaucoup à donner.

Mais l’éducation ne peut miser sur cette motivation pour assurer la continuité pédagogique. Elle doit se donner les moyens technologiques pour assurer la gestion de cette crise pour être en mesure de gérer une autre crise de ce type. Car comme on l’a vu, c’est durant ces périodes de crise que les inégalités sociales se creusent le plus. Comme le secteur de la santé l’a fait, l’éducation doit s’adapter.

 Pour en savoir plus :

 

 Adama TANDIA

(Français)
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