Tandis que la biodiversité chute, les licornes se multiplient

Depuis quelques années, un nouveau Graal est apparu dans l’écosystème des start-ups : devenir une licorne. Mais ces licornes-là existent bel et bien, puisqu’il s‘agit des start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars. Ce terme a été inventé en 2013 par Aileen Lee, spécialiste américaine du capital-risque, et il s’est rapidement popularisé.

 

Le terme évoque la rareté et la puissance de ces jeunes entreprises innovantes ayant rencontré un succès fulgurant ; cependant, le nombre de licornes ne cesse de croître : de 82 en janvier 2015, il est passé à 239 en mai 2018. Parmi les licornes, on compte beaucoup de start-ups américaines, mais également un grand nombre de start-ups chinoises. C’est d’ailleurs l’entreprise chinoise Ant Financial, filiale financière d’Ali Baba, qui occupe la première place, avec une valorisation de 150 milliards de dollars. Du côté des licornes françaises, on trouve BlaBlaCar, OVH ou encore DoctoLib.

La dénomination de “licorne” implique certains critères : les start-ups ainsi désignées ne doivent ni être cotées en bourse ni avoir été rachetées par une autre entreprise, d’où l’absence de géants comme Alibaba, Facebook, Twitter… Par ailleurs, ces valorisations considérables posent question sur ce qu’elles représentent vraiment. D’après une étude menée par deux chercheurs, Ilya Strebulaev et Will Gornall, la moitié des licornes seraient survalorisées, parfois très largement : ainsi WhatsApp (qui a depuis été rachetée par Facebook et a donc quitté le classement des licornes) aurait connu une survalorisation de 60 % à l’époque de l’étude et AirBnB de 26 %.

Ainsi, on craint un phénomène de bulle. Les investisseurs misent massivement sur ces start-ups prometteuses, or une bonne partie d’entre elles ne sont pas encore rentables, et il n’est pas certain qu’elles le deviennent toutes. Les licornes, comme leurs homologues mythiques, font rêver, aussi bien du côté des investisseurs qui espèrent avoir repéré la perle rare, que du côté des start-ups elles-mêmes qui rêvent de reconnaissance internationale.

Le 17 septembre dernier, à l’occasion du France Digital Day, Emmanuel Macron a annoncé l’objectif de “25 licornes françaises d’ici 2025”. On peut s’interroger sur ce qui est vraiment recherché : figurer en bonne position dans un classement international offre du prestige, mais qu’en est-il de l’efficacité économique réelle de ces entreprises ? En plus de l’arbitraire du seuil d’un milliard de dollars, le statut de licorne en dit davantage sur les espoirs des investisseurs que sur le véritable potentiel de ces start-ups, qui ne pourra se confirmer qu’avec le temps, lorsqu’elles parviendront (ou non) à devenir rentables et pérennes.

Noémie Clautour, team1-S52019

(Français)
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