5G, peurs et tremblements.

Avec l’invention du chemin de fer est née au XIXe siècle la sidérodromophobie : La peur de prendre le train ! Il s’agissait de remplacer la lente et lourde traction hippomobile par des machines circulant à la vapeur. Un médecin de l’Académie de médecine de Lyon souligne que « La translation trop rapide d’un climat à un autre produira sur les voies respiratoires un effet mortel. L’anxiété des périls constamment courus tiendra les voyageurs dans une perpétuelle alerte et sera le prodrome d’affections cérébrales. Pour une femme enceinte, tout voyage entraînera infailliblement une fausse couche et des troubles respiratoires ».

 

De même, si au début du XXè siècle, l’électricité est une nouvelle merveille, nombreux sont ceux qui en ont peur et ne comprennent pas comment le courant électrique passe du fil à l’ampoule, craignant même que la fée électrique s’échappe des fils. Ils restent alors à la lampe à l’huile ou au gaz.

 

Quid de la 5G ? Va-t-on vers « L’apocalypse joyeuse » pour reprendre ici le titre de l’ouvrage de Jean-Baptiste Fressoz, publié en 2012, qui nous comte une histoire du risque technologique.

Transmission ultra rapide des données en très grande quantité, la 5G est une technologie prometteuse et suscite l’intérêt : débits jusqu’à 10 fois supérieurs à ceux de la 4G, temps d’attente lors du téléchargement de contenus divisé par 10, densité de connexion permettant de connecter dix fois plus d’objets simultanément.

 

L’épidémie de 5G, une catastrophe annoncée ?

A l’heure de ce grand bond technologique, certains craignent une catastrophe environnementale et sanitaire.

Fin janvier 2020, à la veille de la journée mondiale de protestation contre la 5G, la pétition en ligne « Arrêt de la 5G » recueille 20 000 signatures et le hashtage #halteala5G se répand sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre. Les ONG protestent et mettent en avant les impacts sociétaux de cette nouvelle technologie. L’hyperconnectivité priverait l’homme de véritable vie en société. Au plan environnemental, d’aucuns dénoncent une nouvelle technologie qui nécessite de s’équiper d’appareils compatibles reléguant les terminaux 4G au rang de pièces de musée. Quel futur et quel gâchis que ces smartphones 4G devenus obsolètes et polluants. Les plus critiques comme Hugues Ferreboeuf, du think tank The Shift Project s’insurgent face à la facture énergétique avec une consommation des opérateurs mobiles «multipliée par 2,5 à 3 dans les cinq ans à venir, soit une hausse de 2 % de la consommation d’électricité » de la France.

 

Au plan sanitaire, certains s’inquiètent de la multiplication, ou devrais-je dire de l’épidémie, d’antennes relais aux ondes électromagnétiques malfaisantes voire mortelle. Ainsi le médecin Annie Sasco, très engagée contre la 5G après avoir travaillé 22 ans au Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) de Lyon nous explique sur TV5 Monde, le “risque accru de tumeur du cerveau” lié au déploiement de la 5G. D’autres comme Stephen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement soulignent l’absence de recul et d’étude d’impact et d’évaluations sanitaires et environnementale.

 

Ou un exceptionnel bienfait technologique ?

A l’inverse, Sébastien Soriano le patron du régulateur des télécoms (Arcep) nous l’assure : « La technologie n’est pas l’ennemie de l’environnement ». Au contraire, il souligne qu’à consommation de données équivalente, la 5G a une meilleure efficacité énergétique que la 4G. De plus, les réseaux intelligents dans les villes optimiseront mieux la gestion de l’énergie et des transports… Il explique que «les antennes 5G ne s’activeront que lorsqu’elles seront sollicitées pour mieux maîtriser leur consommation, comme le “stop and start” des voitures ». Des médecins soulignent que du point de vue médical les antennes 5G, contrairement à la 4G où l’exposition est permanente, n’émettront leur signal que lorsqu’un utilisateur sera dans les parages et que les téléphones et les antennes de la prochaine génération respecteront les mêmes seuils réglementaires que ceux de la 4G.

 

Les impacts de la fée 5G sur nos quotidiens sont alors mis en exergue. L’extrême rapidité de connexion permettra des usages technologiques étendus qui rallongeront l’espérance de vie grâce à la mobilité facilitée, la mise à l’écart des risques d’accidents, le contrôle des objets à distance et même la capacité pour un chirurgien de vous opérer à distance quelle que soit votre localisation.

 

Pour reprendre l’expression de Jean-Baptiste Fressoz, cette « apocalypse joyeuse » ne consisterait-elle pas finalement à passer en revue nos craintes et nos fantasmes comme pour mieux accepter l’inéluctable ?

L’enjeu n’est pas d’être pour ou contre la 5G, ni de l’opposer à la question environnementale, sanitaire ou sociétale, mais de construire les conditions pour que cette technologie, se développe de la manière que l’on souhaite.

(Français)
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