Comment les réseaux sociaux influencent votre opinion ?

Aujourd'hui, les réseaux sociaux constituent la première source d’information pour plus de 40% des jeunes électeurs en France. Les candidats aux élections présidentielles l’ont bien compris et ont tous investi ce champ, avec de nombreuses stratégies pour conquérir toujours plus d'audience. Toutefois, on peut se questionner sur l’objectivité des informations présentes sur les réseaux sociaux et leur impact sur notre opinion.  

Réseaux sociaux : information ou désinformation ?

D’après une étude publiée par la société Bakamo Social, 25% des liens partagés sur les réseaux sociaux au sujet de la politique ou de la présidentielle française proviennent de sources qui aident à promouvoir les « fake news ». Cela pose alors la question de l’influence de ces « fake news » sur nos choix et nos convictions. Selon le PDG  de Bakamo Social, "une exposition accrue aux sites qui répandent des mensonges, des théories conspirationnistes, de la propagande pro-russe et des opinions racistes pourrait jouer un rôle crucial et finalement décisif".

De plus, même si les réseaux sociaux et les moteurs de recherche font des efforts pour lutter contre la désinformation, les internautes risquent d'être confrontés encore pendant longtemps à ce type de contenu. En effet, les moyens engagés pour éviter la propagation de tels messages pourraient être dérisoires face à cette "économie du clic et du partage".

Il est donc important de se méfier de la désinformation sur les réseaux sociaux et notamment dans le cas d’informations politiques, à savoir :

  • La popularité des publications est souvent trompeuse : il faut se méfier des chiffres qui sont souvent manipulés et « gonfler » car le fonctionnement des algorithmes repose notamment sur la popularité. C'est exponentiel : plus vous avez de "like" ou de fans, et plus votre vidéo et votre post seront lus.
  • Les pages officielles ne sont pas tout le temps crédibles : il s’agit d’un type d'action marketing très fréquent pour les supports numériques qui consistent à faire travailler et à rémunérer des rédacteurs de contenu sans contrôle stricte de la qualité de ce qu'ils proposent. Des entrepreneurs du numérique montent des plateformes web de micro-travail sur lesquelles des micro-tâches (graphisme, développement web, rédaction de textes) sont proposées contre un micro-paiement. 
  • Les contenus sont manipulés : les plateformes sociales fonctionnent sur la captation de l’attention et cela encourage la création de faux contenus (via des titres racoleurs, des images trafiquées, etc.). Ces faux contenus sont fabriqués dans ce qu'Antonio Casilli appelle des "usines à contenus". "Ce sont des structures déstructurées, flexibles, atomisées, explique le sociologue. Certaines personnes travaillent une fois par semaine pour écrire un texte en mettant ensemble trois ou quatre morceaux récupérés à droite ou à gauche sur internet, par exemple pour faire de la publicité à une figure politique, ou bien exclusivement pour créer une suite de mots-clefs visant à tricher avec les algorithmes des moteurs de recherche. »

Réseaux sociaux et enfermement dans des bulles de pensée

Ce concept de bulles de filtres a été développé par Eli Pariser dans son livre « The Filter Bubble: What The Internet Is Hiding From You » publié en mai 2011 aux États-Unis. Il y explique que les algorithmes de personnalisation de contenu des géants du web – de Google à Facebook, en passant par Amazon et Netflix – enferment progressivement chaque internaute dans une bulle où il se voit uniquement proposer des choix, des contenus, des produits, et même des « amis » correspondant à ses goûts, attentes et opinions supposés. D’après ce concept, nous ne chercherions, «likerions» et retweeterions que des idées avec lesquelles nous sommes déjà d’accord et les algorithmes, optimisés pour encourager l’engagement de l’utilisateur, ne nous proposeraient que des contenus de ce type, écartant de notre vue tout ce qui pourrait perturber notre vision du monde.

En conséquence, chacun finit par vivre dans « sa bulle » où il ne croise que des choses qu’il aime et des gens avec lesquels il est d’accord, ce qui le persuade que tout le monde vit et pense comme lui. C’est avec ce concept que des journalistes des grands médias d'information expliquent être passés à côté de certaines réalités telles que : l’Amérique pro-Trump, le Royaume-Uni pro-Brexit, sans parler des sphères interlopes où prospèrent les sites complotistes et conspirationnistes en tous genres…

 

 

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La faute aux algorithmes ?

Selon la théorie de la bulle de pensée, la faute reposerait sur les algorithmes des différentes plateformes sociales qui proposeraient des contenus correspondant aux contenus aimés par les utilisateurs.  L'algorithme de Youtube a d'ailleurs était accusé de favoriser, lors de la campagne présidentielle en France,  les vidéos de Jean-Luc Mélenchon. Data For Good, une association qui regroupe des développeurs et des scientifiques spécialisés dans l’analyse de données, s’est alors posée la question suivante : «  Quand un utilisateur cherche le nom d’un candidat, vers quels candidats Youtube le redirige-t-il le plus en moyenne via ses vidéos suggérées ? ». Résultats : les vidéos redirigent le plus souvent vers Mélenchon, Le pen et Asselineau puisque les trois candidats apparaissent dans 60% des titres de vidéos suggérés par la plateforme vidéo. Au total, sur les 1542 vidéos suggérées, il apparaît que Jean-Luc Mélenchon est représenté 22,9%, Marine Le Pen 20,7% et François Asselineau 20,7%. [cf schéma sur la droite]

 

 

Les réseaux sociaux ne valent finalement pas un sondage

Même si les réseaux sociaux semblent dangereux à cause de la désinformation et les bulles de pensée qu’ils peuvent créer, ils semblent rester une grande source d'information pour de nombreuses personnes. Toutefois, il est nécessaire de se rendre compte qu'ils ne constituent pas une base d'information fiable. C'est ce qu'illustre parfaitement la défaite des prévisions de Filteris. Filteris est une société créée en 2002 qui mesure le poids numérique des candidats à la présidentielle, sans se baser sur un échantillon de population ou sur des questions précises, comme peuvent le faire les instituts de sondage. "Nous avons développé une méthode d'analyse, visant à mesurer l'influence des propagandistes, explique-t-il. En clair, nous captons ce que les gens pensent, leur opinion (tweets, publications Facebook, commentaires d'article...) et analysons l'influence des candidats sur les réseaux sociaux et sur le web au cours de la période électorale. Des algorithmes synthétisent ensuite tout cela, et on obtient une cote brute."

 Jérôme Coutard, le créateur de l’entreprise note que depuis 2006, "il y a une corrélation directe entre le poids numérique des candidats et le résultat du scrutin." De nombreux partis se sont d’ailleurs basés sur les évaluations de cette entreprise pour donner confiance à leurs électeurs.

Finalement, dans sa dernière publication avant le premier tour, Filteris annonçait comme quatuor de tête Marine Le Pen à 22,7 %, François Fillon à 21,5 %, Jean-Luc Mélenchon à 21,3 % et Emmanuel Macron à 20,03 % ce qui n’est pas du tout en accord avec le résultat final.

A travers cet échec, on voit donc que les réseaux sociaux sont aujourd'hui un outil à part entière de recherche d'informations et qu'à travers les réactions, il est possible de dégager des tendances d'opinion.  Toutefois, il reste toujours compliqué de prédire une élection à partir des réseaux sociaux car ce qu’on peut voir est loin de représenter la majorité du corps électoral et un bruit médiatique n’égale pas une intention de vote. De plus, il est souvent difficile d’en tirer une intention, l’intelligence artificielle ayant par exemple encore bien du mal à saisir l’ironie comme l’humour de certains commentaires ou encore à déceler les fausses rumeurs.

 

 

Adèle Monclus

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