Le bloqueur de publicités natif de Google Chrome : avec ou sans filtre ?

C'est le monde à l'envers. Google a lancé jeudi 15 février son propre bloqueur de publicités qui est d’ores et déjà intégré à Chrome. Qu’est-ce qui a bien pu pousser le géant du net à s’attaquer à la publicité en ligne alors que celle-ci représente son cœur d’activité ? Explications.

La solution de Google pour bannir les « mauvaises publicités »

Quoi de plus énervant que ces pop-ups agressifs qui s’invitent sans prévenir sur nos écrans et nous empêchent de lire le contenu d’un article ? Google a décidé d’y mettre un terme en dotant son navigateur, le plus utilisé au monde, d’un bloqueur de publicités natif. Sans que cela nécessite de mise à jour, Chrome bloque désormais toutes les publicités jugées agressives pout l’utilisateur. Cette fonctionnalité est aussi bien disponible sur ordinateur que sur mobile.

Pour échapper au bloqueur, les publicités en ligne doivent maintenant répondre aux standards définis par la « Coalition for Better Ads ». Cette association mondiale réunit les grands acteurs de l’industrie digitale autour d’une volonté commune d’améliorer l’expérience utilisateur sur internet. Les pop-ups, les vidéos en autoplay avec le son et les publicités en plein écran sont principalement visées.

Si une publicité contrevient aux règles du standard, elle est automatiquement bloquée. Un message apparaît alors en bas de la page pour prévenir l’internaute. Chrome lui donne également la possibilité de désactiver cette fonctionnalité en cliquant sur le bouton approprié.

Source : Chromium, How Chrome's Ad Filtering Works, publié le 14/02/2018

C’est bien beau, mais les intérêts de Google dans tout ça ?

Si Google promet une navigation plus saine pour l’utilisateur, on aurait tort de croire que la démarche est totalement désintéressée. Avec son nouveau Chrome, la firme met en place une stratégie qui vise à consolider son influence sur le web.

Améliorer son image

De manière générale, Google a tout intérêt à améliorer l’expérience utilisateur car c’est là ce qui fait la réputation et le succès du moteur de recherche. La "mauvaise publicité" représente une double menace. D’une part, elle participe à décrédibiliser la publicité en générale. D’autre part, elle vient désorienter l’utilisateur dans son parcours de recherche. Celui-ci pourrait alors être tenté d’aller voir la concurrence.

Fixer les lois

Ce n’est pas un hasard si le nouveau bloqueur est réglé sur des standards établis par la "Coalition for Better Ads" : Google est membre à part entière de l’organisation. Certaines voix accusent le géant du web d’avoir dirigé les travaux de la coalition, ce que Google a démenti. La Commissaire à la Concurrence de l'Union européenne a toutefois affirmé qu’elle suivrait de près la mise en place du bloqueur de publicités de Google Chrome.

Lutter contre les Adblockers

En lançant son propre bloqueur de publicités, Google cherche paradoxalement à endiguer l’Adblocking. Ce phénomène constitue en effet une menace pour son modèle économique, qui repose essentiellement sur les revenus publicitaires. Rappelons qu’en 2013, la firme avait voulu retirer l’application Adblock Plus de Google Play. Elle s’était ensuite ravisée après le tollé que cette décision avait provoquée sur internet. Le bloqueur natif de Chrome pourrait ainsi persuader les internautes de l’inutilité des autres Adblockers.

Sources :
RTL, Google accusé de conflit d'intérêts avec le bloqueur de publicités de Chrome, publié le 15/02/2018 et mis à jour le 16/02/2018
Le Figaro, Google Chrome active son bloqueur de publicités, publié le 20/12/2017 et mis à jour le 15/02/2018

Peut mieux faire !

La réponse des développeurs d’Adblock plus ne s’est pas fait attendre. Selon leurs estimations, le bloqueur de Chrome filtrerait moins d’une publicité sur cinq. En comparaison, les « vrais » Adblockers permettraient de bloquer la publicité dans 93% des cas. Les règles sur lesquelles s’appuient Adblock proviennent en fait d’un comité d’experts indépendants. Elles sont donc nécessairement plus strictes que les standards proposés par la « Coalition for Better Ads ».

On peut sans doute reprocher à Google de ne pas être assez loin dans sa démarche, surtout comparé aux innovations proposées depuis 2016 par d’autres navigateurs :

  • Cela fait déjà un an que le navigateur Opéra intègre un bloqueur de publicité natif
  • Firefox propose désormais une option permettant d’empêcher les trackers
  • Brave remplace les publicités affichées sur les sites par des publicités anonymes

Quoi qu’on pense de l’efficacité du bloqueur de Chrome, il faut bien saluer les efforts consentis par Google pour répondre aux demandes des utilisateurs. Cette méthode pourrait avoir pour effet vertueux de nettoyer une partie du web. Il est quand même peu probable que ceux qui ont déjà goûté à la magie d’Adblock décident de désactiver l’application pour autant.

Sources :
Blog Adblock Plus, What will Google Chrome’s new ad filter actually block?, publié le 24/01/2018
The New York Times, Google Chrome Now Blocks Irksome Ads. That’s a Good Thing, Right?, publié le 18/02/2018

Rémy Tartanac

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