Ces applications nutrition qui bouleversent consommateurs et industriels :

Vous avez peut-être déjà croisé en faisant vos courses, un adepte de cette nouvelle façon de consommer. Rivé sur son écran, il scanne certains produits, les remet en rayon, prend le temps de décrypter les étiquettes. Et pour cause : les appli nutrition ont le vent en poupe.

Alors vulgarisation opportune qui nous aide à consommer mieux ? Ou simple nouveau gadget digital et marketing dans les mains des industriels ?

Une chose est sûre, ces applications de la foodtech s’immiscent dans le quotidien des Français.

 

Le phénomène Yuka

Ambassadeur de cette tendance, Yuka compte depuis janvier 2019 plus de 8 millions d’utilisateurs. Deux ans seulement après son lancement, cette start-up a acquis une renommée notoire qui souligne bien la préoccupation sincère des consommateurs, qui veulent savoir ce qu’ils achètent.

Mais Yuka, à quoi ça sert ?

Cette appli propose de vous aider à décrypter les étiquettes de produits de grande consommation, mais aussi de cosmétiques. Et pour cela, rien de plus simple. Il suffit de scanner le code barre du produit en question. Il se retrouve alors noté sur 100, via 3 critères :

  • 60% de la note repose sur sa qualité nutritionnelle, par un calcul qui s’inspire du Nutriscore,
  • La présence d’additifs compte à hauteur de 30%,
  • Et les 10% restants dépendent d’éventuels labels bio détenus par le produit.

 

Les plus de cette appli ?

Très intuitive et facile à prendre en main, elle permet de rapidement comprendre les points forts (et surtout faibles !) de nos produits du quotidien.

Au-delà d’une simple notation, l’appli propose également des alternatives aux produits mal classés.

Un filtre distributeur est également disponible afin de ne recevoir que des propositions pertinentes en guise de produits de substitution.

Quant à la synthèse proposée de notre alimentation, son graphisme simple la rend très percutante.

La présence d’un historique est aussi un plus pour se rappeler des notes de nos produits sans avoir à les rescanner.

 

Dès lors on comprend bien la valeur ajoutée d’un tel outil pour le quotidien. Mais dans la mesure où ces appli bouleversent notre façon de consommer, une question de confiance se pose.

Peut-on vraiment se fier à Yuka ?

Et en y réfléchissant, 3 grandes problématiques émergent : l’indépendance du financement, la fiabilité des sources, et la pertinence du système de notation.

Pour justifier son indépendance, la start-up revendique un modèle économique basé sur 2 versions premium et payantes du service, qui offrent aux intéressés des coaching diététiques poussés. Bien consciente de la crispation autour de son autonomie financière, la start-up n’accepte ni publicité sur son application, ni financement extérieur.

Mais très vite, un 2ème écueil apparaît. La base de données sur laquelle se fonde les notations des produits est-elle réellement fiable ? C’est en effet sur le répertoire produits d’Open-Food Facts que se fonde son système. Il s’agit d’un équivalent de Wikipédia version alimentaire, élaboré par des consommateurs lambda. Cet outil est disponible en ligne et modifiable de tous, ce qui semble assurer son indépendance. Les détracteurs de la méthode argueront toutefois que l’aspect collaboratif du projet induit de forts risques d’informations incomplètes, obsolètes, voire erronées.

Quant à son système de notation, est-il pertinent ? En prenant en compte la nutrition, les additifs, et le bio, Yuka semble appréhender le produit de manière complète. Il revient dès lors au consommateur de faire preuve d’esprit critique. Évidemment, un paquet de fromage râpé sera mal noté, car trop riche en lipides. Mais un tel produit ne constituant pas la base d’un repas, le diaboliser serait un raccourci rapide. Yuka nous délivre des informations, à nous de les interpréter en gardant à l’esprit qu’un repas reste un moment de plaisir où la clé réside dans l’équilibre des nutriments, et des saveurs.

Un autre point fait aussi débat. Il s’agit du jugement de certains additifs. L’appli utilise des articles de l’UFC Que Choisir, ou des publications de nutritionniste controversées, comme Les additifs alimentaires de Maire-Laure André, ou Additifs alimentaires, danger de Corinne Gouget. Or, dans l’optique de faire entrer tous les additifs dans une catégorie, certains raccourcis rapides et scientifiquement discutables sont parfois faits.

Ainsi, il semble nécessaire de prendre un certain recul et de garder un esprit critique dans la lecture faite des fiches Yuka. Mais cette appli apporte une grille de lecture pertinente et nous aide à y voir clair dans nos achats. D’ailleurs, l’engouement des français à son égard ne cesse de croître. Début février 2019, Yuka annonce ainsi une moyenne de 45 scans/seconde sur la journée, avec des pics à 100 scans/seconde. Face à un tel succès, les autres acteurs du milieu agroalimentaire se sont donc organisés.

 

Num-Alim, ou la contre-attaque des industriels :

C’est ainsi que fin novembre 2018, un projet baptisé « Num-Alim » a été dévoilé.

Cet outil vise à élaborer une base de données complète, fiable, et à jour des produits distribués en grande surface. Les étiquettes seraient ainsi digitalisées, et répertoriées sur une base de données, avec en plus des informations comme le mode d’élevage, l’empreinte environnementale des produits, etc.

Pour parvenir à développer cette appli, l’Etat et les industriels se sont réunis. Ce projet regroupe ainsi : l’Ania (association nationale des industries alimentaires), le Fonds Français pour l’Alimentation et la Santé (FFAS), la Fondation Avril, et GS1 France, l’organisme des standards (Codes à barres, QR Code). Cette initiative, qui se chiffre à 6,2 millions d’euros d’investissement devrait être disponible dès septembre 2019.

 

Le début de l’ère de la transparence ?

Et l’on peut se réjouir d’un tel engagement de la part des industriels. C’est un moyen d’apporter de la transparence au consommateur sur ce qu’il consomme. Et la transversalité de la démarche la rend très pertinente, et utile. Outre ce projet, d’autres applications ont vu le jour dans le sillage de Yuka, comme Kwalito, ou Foodvisor. Toutes ces appli participent à une prise de conscience de ce que l’on mange. Mais surtout, elles permettent de donner le pouvoir au consommateur. Car en rendant visibles et explicites certaines informations, auprès d’un public de plus en plus large, elle met les industriels face à leurs responsabilités. Et l’enjeu est de taille, car en rassurant les consommateurs sur la composition et l’origine des ingrédients choisis, on fidélise une clientèle soucieuse.

D’autres appli cherchent à donner plus directement encore le pouvoir au consommateur, en le rendant acteur du développement produit. C’est le cas de Scan’Up qui diffuse sur son appli des questionnaires de co-création.

Toutes ces initiatives semblent donc converger vers un mieux manger, et vers une conscience de ce qui se trouve dans nos assiettes. Prisées des consommateurs, ces appli poussent en effet les industriels à s’impliquer pour davantage de transparence. On ne peut donc que se réjouir de l’impact qu’elles génèrent.

Marie Jansen

 

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