Alicem : une application révélatrice des inquiétudes suscitées par les nouvelles technologies ?

Avec le lancement d’Alicem, la France deviendra le premier pays européen à utiliser la reconnaissance faciale dans le but de créer une identité numérique à ses citoyens. Mais l’initiative suscite déjà la controverse , montrant combien le sujet de la reconnaissance faciale est sensible en France. 

Qu’est-ce que Alicem ?

Actuellement en phase de test, l’application mobile Alicem (pour Application de lecture de l’identité d’un citoyen en mobilité) a été développée par le Ministère de l’Intérieur et l’Agence Nationale des Titres Sécurisés (ANTS). Elle permettra d’avoir accès à des procédures en ligne et des services publics tels que la consultation de son compte Ameli, l’accès au site internet des impôts, une demande de permis de conduire, etc. 

 

Alicem page d'accueil web

 

Pourquoi la mise en place d’un tel système ?

L’objectif de cette initiative est de simplifier les démarches en ligne et, à terme, pouvoir accéder en ligne à des services qui, jusque-là, nécessitaient une vérification « physique » de l’identité. Pour l’utilisateur, il n’y aura plus besoin de mémoriser des identifiants et des mots de passe. Pour le gouvernement, cela permet principalement de dématérialiser les démarches en lignes et donc de consolider sa stratégie de digitalisation

L’autre intérêt avancé par le gouvernement est la possibilité de lutter contre la cybercriminalité. En effet, grâce à cette application, il est désormais possible de certifier l’identité d’un individu, ce qui reviendra à remettre en question la notion d’anonymat sur Internet.

Pourquoi est-ce que cela suscite des inquiétudes ?

Mais l’annonce du gouvernement fait polémique et inquiète sur le Web. Premièrement, la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) s’est appuyée sur le Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui encadre l’usage de la reconnaissance faciale en Europe. Ainsi, même si elle relève qu’un accord de l’utilisateur est nécessaire, elle critique le fait qu’il n’y ait pas de moyens alternatifs pour la création d’une identité Alicem.

De plus, on redoute le manque de fiabilité du système et de son algorithme. D’une part, dans le cadre de la collecte de données sensibles et personnelles, le risque de fuite de données biométriques fait peur. D’autre part, des études américaines sur la reconnaissance faciale ont montré que certains algorithmes avaient du mal à identifier correctement les femmes ou les personnes issues de minorités ethniques, remettant ainsi en question leur fiabilité. Baptiste Robert, un spécialiste français en sécurité informatique, a détaillé sur Twitter les failles qu’il a identifié dans le système d’Alicem.

Tweet Alicem

 

Enfin, on accuse l’application de porter atteinte aux libertés civiles. La crainte que cette initiative n’ouvre la porte à une utilisation plus généralisée de la reconnaissance faciale pose la question de la volonté de rester anonyme sur le Web. Surtout, elle fait écho aux peurs à l’idée d’une société où tous les citoyens seraient surveillés en permanence. Or, il ne faut pas oublier que nous utilisons déjà la reconnaissance faciale au quotidien dans notre vie privée comme pour déverrouiller son smartphone par exemple. La question est, sommes-nous aussi prêts à l’accepter dans la sphère publique ? 

 Cette controverse met en lumière l’importance toujours plus grande d’encadrer la reconnaissance faciale en définissant des règles claires pour en limiter les abus. L’inquiétude principale ne réside donc pas seulement dans la protection de données sensibles, mais également dans l’usage qui en est fait. Interrogé par Les Echos, Marc Darmon, directeur général des systèmes d’information et de communication sécurisés chez Thales, soutient ainsi que « la technologie est neutre, c’est l’usage qui en est fait dont il faut surveiller les dérives ». L’acceptation d‘une identité numérique officielle ne se fera que si celle-ci est au service du citoyen et non du gouvernement.

Comment marche l’application ?

 Au moment de son inscription sur l’application, l’utilisateur doit d’abord faire vérifier son identité. Pour cela, il lui est demandé de filmer son visage en train d’effectuer une série de mouvements comme cligner des yeux ou sourire. La vidéo sera ensuite envoyée à l’ANTS. Les données qu’elle comporte seront croisées avec les données d’un titre biométrique tel qu’un passeport ou un titre de séjour. Un algorithme de reconnaissance faciale comparera alors les traits du visage et pourra valider l’identité de la personne.

 Alicem accueil France Connect

 

Sur la question de l’utilisation des données et de leur protection, celles-ci seront uniquement enregistrées sur mobile. La vidéo sera, quant à elle, supprimée immédiatement. En outre, le gouvernement affirme que les données ne seront partagées qu’aux services en ligne que l’utilisateur a choisi et que seuls certains agents publics y auront accès. Il assure également une sécurité élevée. 

 

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